Nations Unies : Résolution contre les violences sexuelles en temps de conflit

Résolution 2467 : ce texte n’est pas le terme de notre chemin.

Débat sur les violences sexuelles en temps de conflits – Adoption de la résolution 2467
Explication de vote de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 23 avril 2019

Monsieur le Président,

La France salue l’adoption de la résolution 2467 proposée par l’Allemagne, que nous remercions pour son initiative et pour ses efforts.

Cette résolution permet en effet plusieurs avancées importantes, notamment le renforcement du mandat de la Représentante spéciale Mme Patten, la reconnaissance d’une approche centrée sur les rescapées des violences sexuelles, et la demande au Secrétaire général de produire un rapport sur les enfants nés de viols d’ici à 2021 - c’est mon premier point, que j’ai déjà mis en relief dans mon intervention précédente.

Force est pourtant de constater, c’est mon deuxième point, que des concessions importantes ont été accordées sous la pression de plusieurs membres permanents, qui n’ont pas permis au texte d’aller aussi loin que nous l’aurions souhaité. En particulier, nous sommes consternés par le fait qu’un Etat a exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive, pourtant agréée dans les résolutions 1889 et 2106 de 2009 et 2013. Nous déplorons que des menaces de véto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d’acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés.

Il est inexplicable que l’accès à la santé sexuelle et reproductive ne soit pas explicitement reconnu aux victimes de violences sexuelles, elles qui sont souvent les cibles d’atroces exactions et de mutilations barbares. Les victimes ont de toute évidence besoin de ces soins. Nous connaissons les divergences de vues entre les membres de ce Conseil sur ce point mais, dans le contexte précis des violences sexuelles en temps de conflits, cette omission est inacceptable et porte atteinte à la dignité des femmes. De même, il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflits, et qui n’ont évidemment pas choisi d’être enceintes, ont le droit d’avoir le choix d’interrompre leur grossesse.

La position de la France est et restera de garantir que les femmes aient entièrement accès à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, et cela dans tous les contextes. La France continuera à soutenir et à promouvoir cette approche au Conseil de sécurité, dans d’autres organes des Nations unies et ailleurs. Les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps.

Je voudrais, c’est mon troisième et dernier point, conclure sur une note positive. Il n’y a aucune ambigüité : toutes les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité sur l’agenda « Femmes, paix et sécurité », et qui sont réaffirmées dans la résolution que nous venons d’adopter, constituent le cadre de notre action collective, y compris l’OP.19 de la résolution 2106 et l’OP.10 de la résolution 1889 sur la santé sexuelle et reproductive.

Le texte que nous venons d’adopter est donc une résolution d’étape importante mais ce n’est pas le terme de notre chemin. Alors au nom de la France, je voudrais lancer ici un nouvel appel pour aller plus loin ensemble dans notre combat contre les violences sexuelles en temps de conflit.

Je vous remercie.

Source : Représentation permanente de la France auprès des Nations Unies à New York.

Dernière modification : 08/05/2019

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