Déclaration conjointe d’Emmanuel MACRON et de Juan Manuel Santos, Président de la République de Colombie

Déclaration conjointe d’Emmanuel MACRON et de Juan Manuel Santos, Président de la République de Colombie

"la déclaration commune que nous venons de signer avec le Président SANTOS vise à favoriser notre coopération et le financement de projets à hauteur de 350 millions d’euros, pour accompagner la Colombie dans cette phase aussi déterminante que délicate de la mise en œuvre de l’accord de paix conclu avec les FARC."

Retrouvez l’intervention du Président de la République

Je voulais d’abord remercier pour sa présence, sa venue, le Président SANTOS, dans le cadre de ce qui est la première visite officielle d’un chef d’Etat étranger depuis mon élection.

Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas parce que nous sommes aujourd’hui le jour le plus long de l’année, ce n’est pas parce que sans doute nous sommes le jour le plus chaud de l’année. C’est aussi parce que la relation entre nos pays a quelque chose d’unique, qui sont les liens historiques, culturels, personnels qui se sont tissés. Parce que cette visite aussi est un hommage que rend la France au courage et à la détermination avec lesquels vous vous êtes engagé sur la voie de la paix.

Nous connaissons tous et toutes les obstacles que rencontrent celles et ceux qui veulent avancer sur cette voie. A ce titre, l’ignoble attentat commis samedi dernier à Bogota l’a encore souligné.

Comme vous le savez, Julie HUYNH, une jeune Française de 23 ans, y a tragiquement perdu la vie, alors qu’elle terminait une mission sociale auprès de jeunes Colombiens. Sa disparition nous attriste profondément. Mais son engagement nous honore et renforce plus que jamais notre détermination à poursuivre notre action.

Monsieur le Président, cette attaque – nous en avons parlé – abjecte et lâche n’affecte en aucun cas le plein soutien de la France et sa totale disponibilité aux côtés de votre pays dans ce processus de paix historique qui doit tant à votre engagement personnel, légitimement récompensé l’an dernier par le Prix Nobel de la Paix.

Nous avons déjà fait beaucoup par le passé. Au niveau bilatéral, la Colombie est devenue l’un des premiers partenaires de notre politique de développement. Le total des prêts de l’Agence française de développement à la Colombie depuis 2009 atteint 2 milliards de dollars d’engagements, dont près de la moitié directement consacrée à l’accompagnement de la situation post-conflit que traverse votre pays.

Cette aide concerne principalement le développement rural – nous en avons parlé – nos ministres des Affaires étrangères vont, d’ici la fin de semaine, travailler sur tous ces sujets. Concernant les dons, 1,6 million d’euros ont été déboursés depuis 2012 en faveur du déminage, de la politique mémorielle ou du cadastre.

Je veux ici vous le redire, je suis pleinement déterminé à poursuivre concrètement ce soutien. C’est pourquoi la déclaration commune que nous venons de signer avec le Président SANTOS vise à favoriser notre coopération et le financement de projets à hauteur de 350 millions d’euros, pour accompagner la Colombie dans cette phase aussi déterminante que délicate de la mise en œuvre de l’accord de paix conclu avec les FARC.

A ce titre, l’Agence française de développement continuera à être pleinement présente.

A cet égard, la France agit également pour la Colombie dans les enceintes multilatérales, au sein de l’Union européenne, elle participe au fonds de soutien au processus de paix en Colombie, auquel elle a apporté une contribution directe de 3 millions d’euros, au Conseil de sécurité des Nations unies, nous avons œuvré aux deux résolutions qui ont donné jour à la mission d’observation en Colombie, dirigée d’ailleurs par un compatriote, monsieur ARNAULT.

Pour l’avenir, la France reste pleinement mobilisée, nous vous soutiendrons dans la demande de deuxième mission d’ici au 10 juillet. La France sera aussi pleinement mobilisée, car nous savons combien le post-conflit compte au moins autant que la fin des hostilités. Vous devez réussir à gagner cette bataille de la paix qui – vous l’avez longuement expliqué – est bien plus difficile parfois à gagner que certaines guerres.

Les défis de démobilisation, de réinsertion politique, économique et sociale sont encore à relever. J’ai indiqué au Président SANTOS que nous sommes disposés à soutenir de nombreux projets, de nouveaux projets pour consolider la paix et la sécurité, en matière de déminage, de réconciliation, de justice transitionnelle et tout ce que la France pourra faire, elle le fera à vos côtés.

Concernant nos relations économiques, celles-ci n’ont eu de cesse de se renforcer. Les échanges commerciaux entre nos deux pays ont doublé au cours des dix dernières années. Avec près de 200 filiales françaises, plus de 100 000 emplois directs, la France est, sous votre contrôle, le premier employeur étranger en Colombie. Nous sommes donc particulièrement bien placés – je l’ai dit au Président SANTOS – pour répondre aux besoins d’une économie émergente comme celle de la Colombie et j’ai rappelé la disponibilité, l’expertise des entreprises françaises dans des domaines comme les infrastructures, les transports ou la défense.

A ce titre, nos relations ne peuvent que se renforcer, compte tenu des efforts faits par la Colombie, qui, la semaine dernière, a annoncé un important accord en matière d’investissement, clarifiant le cadre et la sécurité du cadre d’investissement en Colombie. L’agrément prochain de notre convention de non double taxation permettra de parachever ce travail.

Nous avons également évoqué dans ce contexte l’adhésion de la Colombie à l’OCDE, la France la soutient, la soutiendra et c’est ainsi une manière de conforter davantage la place de la Colombie dans l’économie internationale.

Enfin, nos relations bilatérales sont, elles aussi, fortes, bien au-delà de l’économie. Nous avons salué le succès de l’Année France Colombie pour 2017 et l’ouverture de la Saison de la Colombie en France, pour laquelle le Président SANTOS nous a fait l’honneur de sa présence.

Nous nous sommes réjouis à ce titre d’inaugurer, vendredi, ensemble, à la Philharmonie, la Saison colombienne en France avec un concert de jeunes Français et Colombiens issus de projets musicaux d’intégration sociale. La programmation de ce second semestre 2017 présentera le visage d’une Colombie tournée vers la paix et renforcera encore le lien entre nos deux pays, nos deux sociétés civiles, nos acteurs culturels, universitaires et c’est – nous en sommes pleinement convaincus l’un et l’autre – une manière à la fois dans la durée, mais dans l’intimité de nos sociétés, de faire encore davantage.

Enfin, un dernier mot pour dire combien nous nous sommes, là aussi, retrouvés en accord, si je puis dire, en harmonie, sur le sujet de la transition environnementale et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le Parlement colombien vient de ratifier l’Accord de Paris, à un moment où certains voudraient le mettre en doute. J’ai remercié le Président SANTOS qui avait d’ailleurs joué un rôle précieux durant la COP21.

La Colombie possède la deuxième plus grande biodiversité du monde. C’est l’un des pays les plus menacés par les effets du changement climatique et c’est dire combien nous avons, là aussi, en la matière, vocation à coopérer. La croissance verte est d’ailleurs l’un des axes majeurs de l’intervention de l’Agence française de développement en Colombie pour les années à venir.

Voilà tout ce qu’ensemble, nous avons évoqué, mais je ne fais là qu’un compte-rendu, là où la relation entre nos deux pays s’inscrit à la fois dans nos histoires, dans l’enthousiasme que nous avons vu sur plusieurs visages lorsque vous m’avez accompagné pour traverser la cour de l’Elysée, où des jeunes Françaises, des jeunes Français, des binationaux, des Colombiens présents ont manifesté leur enthousiasme. C’est eux qui la font vivre au-delà de nous.

Mais ma volonté, Monsieur le Président, c’est dans les cinq années qui me sont données à la tête de mon pays, de tout faire pour que cette relation soit encore plus forte, encore plus belle et puisse vous accompagner dans les ambitions qui sont les vôtres. Merci.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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Lire la déclaration d’Emmanuel Macron lors du dîner officiel avec Juan Manuel Santos

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Ministres, Parlementaires, chefs d’entreprise, universitaires, artistes,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Bienvenidos a todos. Bienvenidos a su casa.

C’est pour moi, une joie pour nous, avec mon épouse, une joie de vous accueillir, président Juan Manuel SANTOS, et votre épouse, ainsi que l’ensemble de la délégation colombienne. Non pas parce que nous sommes aujourd’hui le jour le plus long, non pas parce que nous serions aujourd’hui sans doute le jour le plus chaud de l’année, ni même parce qu’il s’agit de la Fête de la musique, comme vous avez pu le constater – je remercie notre orchestre, ce soir, d’être à nouveau présent – mais vous avez pu tout à l’heure constater la force de la coopération entre nos deux pays, à travers cette musique qu’ils ont jouée, vos airs qu’ils ont joués avec de jeunes musiciens colombiens.

Cher Juan Manuel, ce n’est pas la première fois que vous êtes reçu à l’Elysée. Mais sachez que vous êtes le premier chef d’Etat que j’accueille en visite officielle depuis mon élection.

Je me réjouis sincèrement que cette première vous soit réservée, et votre accueil à l’Elysée est aussi un hommage que je souhaite rendre à votre engagement personnel, honoré l’an dernier du Prix Nobel de la Paix, à votre pays, dont les progrès vers la paix suscitent une admiration unanime et en font un exemple pour le reste du monde. Vous avez réussi ce qu’il y a de plus dur, vous êtes en train de réussir ce qu’il y a de plus dur : gagner la paix, la construire dans la durée ; c’est beaucoup plus difficile que de gagner quelle que guerre que ce soit.

Mais vous avez fait le pari de l’intelligence, de la durée, du respect mutuel, et c’est en cela que nous sommes et serons à vos côtés. Vous recevoir aujourd’hui, c’est aussi rendre hommage à l’extraordinaire dynamisme de l’amitié franco-colombienne. A l’heure où tant de guerres ne semblent jamais vouloir finir, la Colombie est en train de prouver au monde qu’il est possible de tourner le dos à un conflit, aussi ancien et meurtrier soit-il.

Monsieur le Président, vous le savez, la France est à vos côtés dans cet accomplissement historique. Elle l’est depuis le début et nous sommes également présents dans les épreuves que vous traversez. Nous étions samedi dernier à Bogota, alors que cet attentat ignoble meurtrissait nos deux pays dans leur chair. Face à la barbarie de cet acte, j’ai vu aussi les images des Colombiens rassemblés et déterminés à démontrer que la volonté des hommes, des humanistes, peut déjouer le malheur. Gabriel Garcia MARQUEZ écrivait d’ailleurs que « dans le malheur, l’amour devient plus grand et plus noble ».

Monsieur le Président, soyez assuré que nos liens sortent grandis de cette terrible épreuve. Nous vous avons accompagné dans votre choix du dialogue pour dépasser les haines et la violence. Nous sommes prêts aujourd’hui à vous aider à consolider la paix. Le défi, vous le savez mieux que quiconque, est immense. Les difficultés ne manqueront pas. Et le peuple colombien pourra compter sur l’amitié et le soutien de la France. La France a toujours été là lorsque la liberté ou la paix ont été menacées dans votre pays. Et nous le rappelions tout à l’heure, évoquant votre grand-père et son lien avec Albert CAMUS. Les intellectuels français, quand les politiques n’étaient pas au rendez-vous, ont su être là, vous accompagner, le dire et sauver la liberté.

Aujourd’hui, la Colombie est devenue l’un des tout premiers partenaires de la politique française de développement. Dans le monde, la France est une alliée active de la Colombie, au sein de l’Union européenne comme du Conseil de sécurité des Nations unies. Nos coopérations sont nombreuses, depuis la lutte contre la criminalité organisée et contre la drogue, jusqu’à la défense de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Dans tous ces domaines, la France et la Colombie ont beaucoup à apporter au monde.

Mais lorsque j’évoque le dérèglement climatique, comment ne pas avoir une pensée pour les victimes du drame de Mocoa en avril dernier, qui a encore souligné la vulnérabilité de nos sociétés face à ces risques. Ce constat renouvelé exige de nous un engagement sans faille. Et à l’heure où certains choisissent de se dérober face à cette responsabilité, je tiens à féliciter la Colombie qui vient de ratifier l’Accord de Paris. Ce combat, nous le mènerons ensemble, c’est un combat qui est vital pour nos deux pays.

Enfin, votre venue en France s’inscrit dans le contexte du dynamisme sans précédent de notre relation bilatérale. Les visages amis qui me sont familiers, présents dans cette salle, le nombre de responsables d’entreprise témoignent à eux seuls l’importance de la Colombie pour l’économie française, pour tous ces groupes, et la force de cette relation.

Jamais nos échanges n’ont été aussi intenses, nos échanges économiques et commerciaux ont doublé depuis dix ans. La France est, je crois, le premier employeur non-colombien en Colombie. Mais c’est aussi l’échange spirituel, civilisationnel qui unit nos deux pays. nos échanges humains, culturels, scientifiques, universitaires et l’importance du monde de la Recherche réuni ici en apporte aussi le vibrant témoignage, ce sont ces ponts de savoir, de connaissances, de femmes et d’hommes, dans tous les secteurs, qui font notre vie culturelle et universitaire, qui constituent au présent la force de notre relation, mais qui garantissent aussi sa vitalité dans l’avenir en formant les plus jeunes et en tressant les connaissances mutuelles entre nos deux pays.

Tout comme l’illustre le succès de l’année France-Colombie pour 2017, pour lequel je tiens à remercier les commissaires, leurs équipes, les mécènes, et je ne doute pas que la saison de la Colombie en France, que nous lancerons ensemble dans deux jours à la Philharmonie de Paris sera une réussite.

J’ai cité, Monsieur le Président, tout à l’heure, les mots d’un célèbre écrivain colombien, et je souhaiterais, pour terminer, faire référence à un Colombien de cœur présent parmi nous ce soir, Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Education nationale, publiait il y a quinze ans, un ouvrage remarquable intitulé « Las dos Colombias » qui soulignait les tiraillements d’un pays à la fois ouvert au monde et entravé par le conflit et la violence. Grâce à votre engagement, grâce à votre persévérance, Monsieur le Président, il n’y aura plus deux Colombies, mais une seule, belle, fière, prête à relever les défis à venir, face auxquels elle trouvera toujours à ses côtés la France.

Viva Colombia ! Vive la France ! Et vive l’amitié France Colombie !

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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Crédit photo : site internet de la présidence de la République

Pour en savoir plus : www.anneefrancecolombie.com

Dernière modification : 09/11/2017

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