Participation de M. Luis Almagro à la conférence "Protégeons les enfants de la guerre"

Le Secrétaire Général de l’Organisation des États Américains (OEA), M. Luis Almagro, a participé à la conférence « Protégeons les enfants de la guerre » qui s’est tenue à Paris le 21 février. Cet évènement, organisé par la France et l’UNICEF, a réuni l’ensemble des acteurs œuvrant en faveur de la protection des enfants dans les conflits armées, soit près de 120 délégations. Il a permis à M. Luis Almagro de faire une intervention remarquée et d’avoir un entretien amical et dense avec M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du développement international. Cet entretien a montré tout l’intérêt de la France pour son dialogue avec les États Membres de l’OEA et cette prestigieuse Organisation.

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Discours d’ouverture de M. François Hollande, Président de la République

Mesdames, Messieurs les Ministres,
Monsieur le Directeur exécutif de l’UNICEF,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la Représentante spéciale,
Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui, et j’en remercie Jean-Marc Ayrault, dix ans après cette déclaration de Paris qui a pu enfin porter une lumière crue mais une lumière nécessaire sur le martyre des enfants soldats.

À la suite de cette déclaration de Paris, beaucoup d’actions ont été engagées. Ce qui pour nous est le plus essentiel, c’est de regarder le travail mené depuis dix ans mais surtout d’engager encore des projets pour l’avenir, car hélas la situation n’a pas vraiment changé. Au contraire.

C’est vrai que lorsqu’au mois de septembre 2015 l’image d’un enfant noyé sur une plage en Turquie a fait le tour du monde, il y a eu une très grande émotion qui a permis une mobilisation internationale pour l’accueil des réfugiés. Mais depuis cet événement tragique, de nombreux enfants sont morts dans l’indifférence générale.
Je pense à ces dizaines de milliers de jeunes Syriens dont l’enfance a été volée. On leur a demandé de dessiner et ils n’ont pas pu mettre sur la feuille de papier des maisons ou des sourires mais des ruines. Dans le ciel de leur dessin, ce ne sont plus des oiseaux qui volent mais des hélicoptères qui lâchent des barils d’explosifs. De ces centaines de dessins, l’UNICEF a tiré une campagne de sensibilisation en collaboration avec un grand artiste, Brian McCarthy.

Ces dessins disent la lucidité et la force de ces enfants, leur vitalité malgré le cauchemar sur lequel leur innocence a été fracassée. Je pense aussi à ces lycéennes de Chibok au Nigéria, enlevées il y a bientôt trois ans par Boko Haram et dont beaucoup sont encore détenues, mariées de force ou utilisées comme bouclier humain ou comme kamikaze. Il y a aussi ces enfants soldats en Afghanistan, à l’est de la République démocratique du Congo, au Soudan, Soudan du Sud. L’urgence est donc encore là et toujours là. Nous devons reprendre le slogan qui avait été celui porté il y a dix ans : « Protégeons les enfants de la guerre ».

230 millions d’enfants vivent dans des pays ou dans des zones qui connaissent des conflits armés. 15 millions d’entre eux sont directement affectés par les combats, un million et demi risquent de mourir de faim si nous n’intervenons pas. Les violences n’ont pas d’âge. Elles n’ont hélas avec le temps ni changé, ni diminué. Ce sont toujours les mêmes : les meurtres, les mutilations, des recrutements forcés, des attaques contre des écoles, des hôpitaux, des violences sexuelles, des enlèvements.
Ceux qui s’en prennent à ces enfants atteignent ce que l’humanité a de plus sacré. Tuer et brutaliser des enfants, c’est nier la civilisation. Pourtant, à mesure que je parle, il y a aussi de l’espoir que je veux également souligner. Dans les années 90, et on en aura ici le témoignage, le Liberia, la Sierra Leone sombraient dans la guerre civile. Ils étaient des milliers d’enfants soldats drogués de force et qui tuaient ou qui étaient tués et qui étaient réduits en esclavage.

En 1997, les Nations unies créaient le mandat de représentant spécial pour les enfants dans les conflits armés. C’était une première étape majeure. Et puis il y a dix ans, en 2007, nous adoptions ici à Paris les Principes et les Engagements de paix et aujourd’hui nous célébrons cet événement. Ces deux percées diplomatiques ont permis d’initier le long combat pour la libération des enfants soldats.

Chère Leila Zerrougui, vous êtes représentante spéciale du secrétaire général depuis cinq ans et vous avez mené la campagne « Enfants, pas soldats ». Cette campagne s’est achevée à la fin de l’année dernière. Vous l’avez menée avec tous les États concernés. Grâce à vos efforts, grâce à votre persévérance, deux d’entre eux - le Tchad et l’Ouganda - ont été retirés de la liste annexée au rapport annuel du Secrétaire général, ce qui montrait des progrès.

Sous votre impulsion, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, le Yémen, la Birmanie, l’Afghanistan, et la République démocratique du Congo ont signé un plan d’action supervisé, contrôlé, évalué. Aujourd’hui seul le Yémen l’a suspendu. Vous avez également agi dans les processus de réconciliation auprès des forces armées non étatiques, c’est-à-dire un certain nombre de groupes qui agissent sur des zones de conflit. 14 groupes, notamment en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire, au Soudan ont récemment également signé le plan d’action.

En fin de compte, 115.000 enfants soldats ont été libérés depuis 2000. Beaucoup diront que ce n’est pas assez mais c’est déjà beaucoup. Plus de 8.000 l’ont été dans la seule année 2015. Cette action, vous l’avez menée aux côtés d’organisations non- gouvernementales à l’image de Save The Children dont je salue la présidente Helle Thorning-Schmidt. L’UNICEF sous votre impulsion, Anthony Lake, a mené un travail considérable sur le terrain en contribuant au volet réinsertion des programmes de désarmement et de démobilisation.

Notre devoir aujourd’hui où nous sommes réunis, les gouvernements, les organisations non-gouvernementales, c’est de vous aider à mener ce combat. La France, en tant que membre permanent du conseil de sécurité, a été en pointe pour faire voter des résolutions et pour que soit voté en 2005 un mécanisme de surveillance et d’alerte du secrétaire général dont le champ d’application a été étendu. Ce dispositif a produit plusieurs résultats.

D’abord il y a un groupe de travail auprès du conseil de sécurité qui effectue des visites sur place, recueille des témoignages sur les enfants qui ont été enrôlés, élabore des recommandations concrètes pour que les parties en conflit puissent s’en inspirer et enfin qu’il puisse y avoir des sanctions exemplaires pour tous ceux qui violent les droits des enfants.

Aujourd’hui notre conférence se réunit pour définir l’action que nous allons mener dans les dix prochaines années. Je vois quatre priorités pour mobiliser la communauté internationale.

D’abord faire progresser les droits des enfants dans les conflits armés. À ce jour, 105 États - et je remercie ici leurs représentants- ont endossé les principes de Paris. Notre objectif, c’est de promouvoir l’universalité ; c’est-à-dire que tous les États puissent signer et se rallier.

Je remercie le Nigéria, le Kazakhstan, la Birmanie, le Pakistan, le Bangladesh, l’Irak, la Jordanie qui ont décidé de nous rejoindre. Faire progresser le droit, c’est aussi lutter contre l’impunité. En 2012, Thomas Lubanga a été condamné pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale. Il avait participé à l’enrôlement et à la mobilisation d’enfants de moins de quinze ans. Parce qu’il ne peut pas y avoir de paix durable s’il n’y a pas de sanction exemplaire pour les tortionnaires.

Seconde priorité : augmenter les moyens financiers pour améliorer la condition des enfants qui vivent des situations de crise. Laetitia Casta, vous êtes une ambassadrice de l’UNICEF. Vous vous êtes rendue sur les rives du lac Tchad. Vous y avez vu la misère, la sécheresse mais aussi ce que peut faire le terrorisme sur une zone comme celle-là. Autour du lac Tchad, plusieurs actions ont été menées par ce groupe barbare avec des actions kamikazes.

Vous avez compris et vous avez surtout dit qu’il fallait qu’il y ait une action de développement. Nous vous avons entendue. L’Agence française de développement, avec l’Union européenne, a décidé de s’engager encore davantage pour le lac Tchad, à la fois pour permettre que les populations puissent revenir et surtout qu’elles puissent vivre sur place, notamment les enfants. Grâce à cette expérience, nous avons pu créer une facilité spéciale pour les pays vulnérables qui est dotée de 100 millions d’euros par an, qui est opérationnelle et qui pourra accompagner les processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion.

En 2015 et 2016, la France a contribué à hauteur de 30 millions d’euros aux activités de l’UNICEF et nous allons participer, Monsieur le directeur exécutif, à l’action que vous avez engagée au nord-est du Nigéria conformément à ce que j’ai dit pour le lac Tchad.

La troisième priorité, c’est l’accès à l’éducation et à la santé. La France contribuera là aussi à l’initiative « l’éducation ne peut pas attendre ». Parce qu’il ne s’agit pas simplement de désarmer, de démobiliser, de réinsérer mais d’éduquer ces enfants qui ont vécu l’horreur. Là aussi, je salue l’action de l’UNICEF et nous participerons au financement de ce programme.

Je suis allé il y a quelques mois au Liban, pour me rendre dans des camps de réfugiés. La première demande qui était exprimée par les organisations humanitaires qui accueillent ces familles - plus d’un million au Liban - c’est d’avoir l’éducation pour les enfants. Il y a là-bas des expériences que je n’oublierai pas : des femmes et des hommes qui accompagnent les enfants très tôt, qui leur apprennent leur propre langue mais surtout les instruments essentiels pour vivre dignement. Alors nous avons décidé que sur les 100 millions d’euros d’aide humanitaire que la France apporte au Liban sur la période 2016-2018, 50 millions soit la moitié serait consacrée à l’éducation.

Enfin, la France soutiendra les programmes de santé maternelle et infantile dans les pays en sortie de crise. C’est ce que nous devons faire aussi pour les jeunes filles. Parce que ne pas être présents pour l’éducation sexuelle, c’est également prendre des risques pour leur propre avenir.

Il y a un autre phénomène qui, hélas dramatique lui-aussi, mobilise la communauté internationale. C’est de refuser que les hôpitaux et les écoles soient pris pour cible par les groupes terroristes ou par des États. Car cela peut aussi arriver, on l’a vu à Alep. C’est pourquoi une déclaration sur la sécurité dans les écoles a été initiée en 2015 à Genève et la France soutiendra cette initiative.

Mesdames et Messieurs, l’exemplarité c’est défendre les droits de l’enfant en tous lieux et en toutes circonstances, en temps de guerre comme en temps de paix, au sud comme au nord. L’exemplarité, c’est le respect du droit fondamental à l’asile et notamment pour les enfants. La France prend sa part de l’effort européen. Elle attend aussi que ses partenaires fassent de même, surtout lorsqu’il s’agit de mineurs isolés. J’appelle le Royaume-Uni à prendre ses responsabilités s’agissant des adolescents aujourd’hui en France et qui ont de la famille outre-Manche. Nous avons fait l’effort de les abriter, de les accueillir ; ils veulent aller au Royaume-Uni, nous avons des accords avec ce pays ami et voisin ; ils doivent être pleinement respectés.

L’exemplarité c’est aussi le refus de la violence dont les enfants sont victimes, y compris dans des pays qui ne connaissent que la paix. Voilà pourquoi la France a ratifié en janvier 2016 le troisième protocole facultatif de la Convention relative aux droits de l’enfant qui permet à des particuliers de présenter des communications au comité des droits de l’enfant pour les protéger.

Alors il est très important que nous ayons des institutions internationales, qu’on ait également des grandes organisations comme l’UNICEF, que l’ONU puisse jouer tout son rôle. Je m’exprime à un moment où cette conception de la vie internationale est remise en cause, où le multilatéralisme est contesté, où le chacun-pour-soi pourrait l’emporter, où il pourrait y avoir des remises en question des contributions des grands États, notamment du plus grand d’entre eux pour les organisations internationales et notamment pour l’ONU.

Il est très important qu’à travers cette initiative, nous rappelions ce qu’est une communauté internationale qui doit agir ensemble et où il doit y avoir des forces, des instruments, des institutions qui agissent au nom du monde. C’est ainsi qu’après la Première Guerre mondiale, nous n’avions pas pu, au-delà de la SDN, être capables de porter une idée forte de la communauté internationale.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est le système de l’ONU qui s’est enfin installé, imposé, avec forcément ses limites. Aujourd’hui, c’est ce système de l’ONU, ces institutions, ces organisations que nous devons défendre. Parce que, nous le voyons ici concrètement, pour le droit des personnes c’est ainsi que nous pouvons agir et voilà pourquoi il était si important, dix ans après la déclaration de Paris, que nous puissions aussi lancer cet appel ici pour les enfants et, plus largement pour le droit international et les institutions qui le portent. Merci pour votre contribution./.

Message de M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du développement international

La France est fermement engagée dans la protection des enfants dans les conflits armés qui constitue une priorité de notre action diplomatique.

Il y a 10 ans déjà, en février 2007, la France avait organisé en partenariat avec l’UNICEF la conférence « Libérons les enfants dans la guerre ». À l’issue de cet événement, des principes et engagements contre l’enrôlement d’enfants par les forces et les groupes armés avaient été adoptés. Ce sont « les Principes et Engagements de Paris ». À ce jour, 105 États les ont endossés.

Aujourd’hui, notre engagement est plus que jamais nécessaire : 246 millions d’enfants vivent en effet dans des pays ou des zones qui connaissent des conflits armés, rapporte l’UNICEF. C’est pourquoi, à l’occasion du dixième anniversaire des Principes et Engagements de Paris, la France, aux côtés de l’UNICEF, a pris l’initiative d’organiser une conférence internationale « Protégeons les enfants de la guerre », en présence de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies, Leila Zerrougui, et du directeur exécutif de l’UNICEF, Anthony Lake.

Nos objectifs sont triples : faire l’état des lieux de la situation des enfants vivant dans des zones de conflits armés ; évaluer les progrès réalisés au cours de la dernière décennie et étudier de nouvelles initiatives afin de toujours mieux protéger filles et garçons ; et renforcer la détermination des acteurs internationaux dans ce combat, grâce à des réformes politiques et juridiques ainsi qu’à travers des programmes de réintégration et de développement économique et social adaptés.

Je tiens à remercier l’ensemble des acteurs qui participent chaque jour avec détermination et conviction à la protection des enfants vivant dans des zones de conflit armé, et en particulier notre partenaire de longue date dans cette mission, l’UNICEF, ainsi que les organisations de la société civile et les ONG, qui veillent sur le terrain à la défense et au respect des droits des enfants. Notre engagement commun est notre meilleure arme pour lutter contre les violations graves commises à l’encontre des enfants dans les conflits armés, et éradiquer définitivement le phénomène du recrutement des enfants dans les guerres./.

Conclusions de la conférence

Le gouvernement de la République française et le Fonds des Natio ns unies pour l’enfance (UNICEF), en collaboration avec le comité de pilotage des Principes de Paris, ont organisé conjointement la conférence ministérielle internationale « Protégeons les enfants de la guerre » à Paris, le 21 février, afin de commémorer l’adoption, dix ans auparavant, des Engagements de Paris en vue de protéger les enfants contre une utilisation ou un recrutement illégaux par des groupes ou des forces armés (Engagements de Paris) et des Principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés (Principes de Paris).

Cette conférence a rassemblé des représentants de 73 États membres, de 11 organisations régionales et internationales et de 20 organisations de la société civile, qui ont réaffirmé leur volonté de concrétiser les Principes de Paris par des réformes politiques et juridiques et par des ressources dédiées à l’objectif de prévenir l’enrôlement et l’utilisation d’enfants par des forces armées et des groupes armés non-étatiques et de mettre un terme à ces phénomènes, ainsi que de soutenir les initiatives de libération et de réintégration. En s’appuyant sur les résultats de dix années d’efforts, la conférence a passé en revue les progrès accomplis dans la mise en œuvre des Engagements et des Principes de Paris au cours de la dernière décennie : partage des enseignements tirés et des bonnes pratiques, identification des lacunes et des difficultés, et définition des mesures complémentaires à prendre pour mettre fin aux graves violations à l’encontre des enfants, en particulier prév enir leur enrôlement et leur utilisation dans des situations de conflit armé.

Cette conférence internationale et les échanges soutenus entre les États, les organisations internationales et les organisations de la société civile, surtout celles agissant directement sur le terrain, ont permis à la communauté internationale de réaffirmer avec force sa volonté de protéger les enfants dans les conflits armés et de mettre fin à leur utilisation et à leur recrutement par des forces et des groupes armés. Une attention particulière a été portée à l’intensification de l’action collective destinée à prévenir plus efficacement les violations graves commises contre les enfants dans les conflits armés et à les faire cesser immédiatement là où elles sont susceptibles de se produire.

Les participants ont souligné l’importance d’une adoption universelle des Principes et des Engagements de Paris ; ils se réjouissent du fait que trois États, la Birmanie, le Kazakhstan et la Tunisie, aient endossé ces textes à l’issue de la conférence.
Réunis en trois panels de haut niveau, les participants à la conférence ont débattu des orientations et enjeux actuels et émis des recommandations concrètes concernant la marche à suivre. Un bref résumé de ces discussions est décrit ci-dessous.

Prévention du recrutement et de l’utilisation d’enfants par des forces et des groupes armés - libération et réintégration des enfants

Les participants ont évoqué les avancées réalisées en matière de protection des enfants affectés par un conflit armé, en particulier concernant la mise en œuvre de bonnes pratiques et de normes et critères conformément au droit international, y compris les Principes et Engagements de Paris endossés à ce stade par 105 États. Les participants ont fait part de leur inquiétude concernant la poursuite du recrutement et de l’utilisation d’enfants par des parties aux conflits et les autres violations et atteintes commis à l’encontre des enfants dans les situations de conflit armé.
Ils ont souligné la nécessité de réaffirmer les engagements internationaux et de respecter le droit international humanitaire et des droits de l’Homme, en soulignant l’importance du développement, du renforcement et de l’application des cadres juridiques nationaux. Par exemple, ont été prises des mesures en faveur de l’adoption universelle et de l’application des Engagements et des Principes de Paris, ou telles que l’élaboration et l’application des lois nationales qui pénalisent l’enrôlement d’enfants par des forces gouvernementales et des groupes armés non-étatiques, la dissuasion de l’utilisation d’écoles et d’hôpitaux à des fins militaires et la pénalisation des attaques d’écoles et d’hôpitaux, contraires au droit international humanitaire, la normalisation des procédures judiciaires se rapportant à l’enrôlement d’enfants dans différentes branches du droit conformément aux normes internationales pour la justice des mineurs, telles que la privation de liberté comme mesu re de dernier recours et pour la plus courte durée possible.

Dans le but d’empêcher le recrutement et l’utilisation d’enfants par des forces et des groupes armés, les participants à la conférence ont souligné qu’il convient de favoriser leur inscription à un état civil gratuit et universel pour que tout enfant possède un acte de naissance dans la juridiction de l’État. Il est particulièrement important de s’intéresser aux besoins des enfants en situation de vulnérabilité.

De la même manière, les participants ont souligné l’importance de renforcer les initiatives visant à consolider un environnement protecteur à l’échelle locale dans le but de prévenir le recrutement. À cet égard, les actions conduites devraient inclure un soutien aux mécanismes de protection gouvernementaux et communautaires, à la sensibilisation des enfants et des communautés, à l’identification précoce et à l’action contre le recrutement et l’utilisation ainsi qu’au renforcement des capacités de résilience des filles et des garçons.

Les participants ont appelé les parties aux conflits à libérer de façon inconditionnelle et immédiate les enfants intégrés à leurs forces armées. Ils ont également déclaré qu’il était nécessaire que les gouvernements, avec le soutien de leurs partenaires internationaux, régionaux et locaux, revoient et renforcent les procédures de recrutement de leurs forces armées, y compris s’agissant des milices paramilitaires et membres d’autres corps volontaires, qu’ils généralisent l’application de codes de conduite et qu’ils établissent des unités de protection des enfants au sein des structures des forces armées et de sécurité. Les participants ont insisté sur le rôle premier des gouvernements nationaux, avec le soutien des partenaires humanitaires et de développement, des bailleurs et des communautés locales pour fournir une protection concrète et des services à tous les enfants affectés par un conflit armé.
Les participants ont salué les avancées réalisées dans le cadre de la campagne « Enfants, pas soldats », lancée par la représentante spéciale du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés et l’UNICEF en 2014, afin d’accélérer l’élimination et la prévention de l’enrôlement et de l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans des conflits armés par les forces armées énumérées dans le rapport annuel du secrétaire général sur les enfants et les conflits armés. Les participants ont souligné l’importance d’intensifier les efforts pour lutter contre le recrutement et l’utilisation d’enfants et contre les autres violations commises par des groupes armés non-étatiques.

En outre, ils ont insisté sur la nécessité de concevoir des programmes de prévention et de réintégration qui soient adaptés à l’âge des enfants et prennent en compte les particularités culturelles et les besoins spécifiques de chaque sexe, permettent l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et à un choix de vie, ainsi que sur la nécessité d’autonomiser les enfants et de reconnaître leur rôle dans la construction d’une paix durable. Les participants ont noté que les programmes de prévention, de libération et de réintégration, pour être efficaces, doivent s’inscrire dans le cadre des communautés et inclure d’autres enfants affectés par un conflit armé, tels que les enfants non-accompagnés ou séparés, les membres des communautés d’accueil et les enfants réfugiés ou déplacés, cette liste n’étant pas exhaustive. Ces programmes devraient inclure des composantes traitant de la stigmatisation et promouvant l’acceptation dans la communauté d’enfants anciennement associés à des forces ou groupes armés, y compris les filles ayant des enfants nés du conflit.

Ils ont admis la nécessité d’accroître fortement les moyens consacrés aux enfants touchés par un conflit armé et leur accès à ces ressources, et de favoriser un financement multi-sectoriel prévisible, cohérent et durable des programmes de réintégration. Ils ont également souligné le rôle essentiel joué par l’éducation dans les efforts de libération et réintégration.

Les participants ont reconnu que les organisations de la société civile jouent un rôle clé dans la prévention des conflits (notamment via des initiatives locales de réconciliation), la protection des enfants et en aidant à réintégrer les enfants ayant été associés à des forces armées ou à des groupes armés non-étatiques, ainsi que d’autres catégories d’enfants vulnérables, dans les communautés touchées par des conflits.

Il a été noté que l’adoption et l’application de Plans d’action dans le cadre de l’ordre du jour du conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés se sont révélées utiles dans un certain nombre de situations pour combattre le recrutement et l’utilisation d’enfants ; partant de ce constat, les participants ont appelé les parties concernées à travailler avec les Nations unies et leurs partenaires afin d’élaborer des Plans d’action et d’autres mesures visant à combattre toutes les violations graves commises à l’encontre des enfants.

Prévention des violations graves commises à l’encontre des enfants dans les situations de conflit armé et réaction à ces violations

Les participants à la conférence ont souligné que la prévention et les réponses apportées aux graves violations commises à l’encontre des enfants dans les conflits armés sont essentielles à la protection effective des enfants. Les participants ont identifié les liens communs entre ces violations graves et ont reconnu le rôle joué par les Principes et les Engagements de Paris au cours de la dernière décennie dans la prévention et l’élimination d’autres types de violations graves de l’intégrité physique des enfants dans les conflits armés, telles que les meurtres et les mutilations, les violences sexuelles et les enlèvements. Les participants se sont mis d’accord sur le fait qu’il faut faire davantage pour créer et pérenniser un environnement protecteur pour les enfants dans des situation de conflit armés, ainsi qu’il convient d’élargir et renforcer les initiatives ayant porté leurs fruits. La prévention des violations est essentielle et relève de la plus grande priorité.

À cet égard, il est important de renforcer les fonctions essentielles de l’État pour faire cesser et prévenir les violations commises à l’encontre des enfants. Ils ont identifié les domaines qui nécessitent une attention et un engagement accrus, comme le fait de prendre des mesures pour que les auteurs de violations contre des enfants rendent des comptes et pour lutter contre l’impunité, agir en faveur du renforcement des politiques et des législations protégeant les enfants, et aboutir à une prise de conscience plus importante des inégalités entre les sexes et le ciblage systématique des filles.

Les participants ont salué la pertinence des Plans d’action arrêtés entre les parties aux conflits et les Nations unies, conformément aux résolutions du conseil de sécurité des Nations unies, non seulement pour mettre un terme aux violations graves des droits des enfants dans les situations de conflit armé, mais également pour prendre des mesures préventives. En effet, tout plan d’action est élaboré dans le but de répondre à des situations spécifiques et de donner des orientations s’appuyant sur des mesures concrètes, afin que la partie concernée applique mieux les normes nationales et internationales. Le retrait d’un État ou d’un groupe armé de la liste du secrétaire général des Nations unies indique qu’il s’emploie à assurer une meilleure protection des enfants.

Les participants ont discuté des souffrances causées aux enfants par les opérations militaires, à travers l’utilisation excessive et indiscriminée d’armes explosives ou l’impact indiscriminé d’armes activées accidentellement par les victimes. Les participants ont souligné qu’il était nécessaire d’adhérer et d’appliquer le droit international, ainsi que de considérer la possibilité de mieux identifier des mesures pratiques à mettre en place avant, pendant et après les opérations militaires pour réduire les atteintes aux personnes civiles et mieux protéger les enfants.
Les participants ont noté qu’il était nécessaire de développer les capacités techniques des procureurs compétents pour les forces armées et de sécurité nationale et la formation en matière de protection de l’enfance des personnels de justice, de police et des établissements pénitentiaires, ainsi que des organisations humanitaires et de la société civile et des structures et groupes communautaires. Ce renforcement des capacités inclut notamment l’élaboration et la diffusion d’outils de programmation basés sur les faits, qui visent à renforcer les mesures empêchant les parties à un conflit de (ré)enrôler ou utiliser des enfants, et à favoriser leur réintégration dans les communautés.

Les participants ont relevé le potentiel de l’agenda 2030 pour le Développement durable, en particulier les objectifs 16.2 (mettre un terme à la maltraitance, à l’exploitation et à la traite, et à toutes les formes de violence et de torture dont sont victimes les enfants) et 5.2 (éliminer toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles) pour prévenir et répondre aux violations graves commises contre les enfants dans les conflits armés.

Les conséquences des conflits armés sur les enfants

Les participants ont analysé les évolutions dans les conflits armés contemporains et mis en évidence les défis à relever pour diminuer leur impact sur les enfants.
Les participants ont identifié l’impact négatif de l’augmentation du nombre d’attaques délibérées contre les écoles et les hôpitaux, ainsi que leurs personnels protégés, dans un environnement politique et sécuritaire qui devient de plus en plus complexe. L’utilisation des écoles accroît les risques d’attaques et compromet la sécurité des enfants, augmente les risques de recrutement et empêche les enfants de retourner à l’école, une condition essentielle de la réintégration et de la prévention de reprise des recrutements.

Les participants ont également rappelé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, dont le but est de réduire l’utilisation des écoles et des universités par les parties au conflit, ainsi que de minimiser l’impact négatif des conflits armés sur la sécurité et l’éducation des enfants. Les participants ont convenu d’encourager, en tant que besoin, la mise en œuvre de bonnes pratiques dans le but d’accroître la protection de l’éducation en temps de conflits. Deux États, la France et le Canada, ont annoncé l’endossement de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.

Ils ont insisté sur le fait qu’il est nécessaire de garantir aux enfants vivant dans une zone de conflit ou à ceux fuyant un conflit armé, y compris les enfants victimes des pires formes d’exploitation par le travail, une éducation de qualité et un accès aux services de santé, dont une assistance psychologique, afin de traiter le stress psychosocial et les symptômes de stress post-traumatique. Les participants ont souligné les conséquences durables des attaques perpétrées contre des écoles, des hôpitaux et leurs personnels protégés qui s’y trouvent : en particulier, le sentiment persistant des enfants de ne pas être en sécurité lorsqu’ils se rendent à l’école après un conflit, l’augmentation du nombre d’enfants déplacés avec leurs familles et les restrictions imposées à l’accès humanitaire. Ils ont souligné combien il est important d’utiliser des programmes, des outils pédagogiques et un langage appropriés afin de garantir un apprentissage efficace et de veiller à ce que l es professeurs et le personnel éducatif soient formés de façon adéquate pour répondre aux besoins éducatifs spécifiques des enfants dans des situations de conflit armé, notamment les enfants migrants et réfugiés.

Les participants à la conférence ont identifié les vulnérabilités auxquelles sont confrontés les enfants déplacés, réfugiés et migrants et ont plaidé pour une action urgente visant à les protéger, en particulier ceux qui sont séparés et non accompagnés, dans les pays d’origine, de transit et de destination contre l’exploitation et la violence, les trafics illicites et la traite des êtres humains ainsi que le risque de recrutement par des groupes ou des forces armées. Parmi les autres actions stratégiques dont ont débattu les participants afin d’améliorer le bien-être et la protection, il faut considérer l’arrêt de la mise en détention des enfants en raison de leur statut d’immigrés ou de celui de leurs parents et le fait de ne pas séparer les membres d’une même famille, ce qui est le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur assurer un statut juridique. Garantir l’accès des enfants déplacés, réfugiés et migrants à des services de qualité tels que l’éducation et les soins médicaux est également un élément essentiel.

Les participants appellent à investir dans des mécanismes durables de collecte de données qui en respectent la confidentialité et dans des outils de recherche efficaces permettant d’élargir le socle des connaissances sur les violations graves à l’encontre des enfants, dans des plaidoyers, des politiques et des programmes. Une référence particulière a été faite aux objectifs 16.2, 8.7 et 5.2 de l’agenda 2030 pour le Développement durable. À cet effet, il a été suggéré d’améliorer les systèmes nationaux d’information et de collecte de données afin d’identifier les enfants vulnérables et d’assurer un suivi efficace des avancées.

En outre, les participants ont reconnu et salué les efforts mis en œuvre par le comité de pilotage des Principes de Paris dans l’élaboration du manuel de terrain sur le recrutement, la libération et la réinsertion des enfants, ainsi que pour son soutien constant apporté aux pays en situation de conflit armé afin de soulager les souffrances humanitaires et d’améliorer le bien-être et la protection des enfants, de leurs familles et des communautés./.

(Le comité de pilotage des Principes de Paris, coprésidé par l’ONG Save the Children et par l’UNICEF, compte parmi ses membres : Child Soldiers International, ChildFund, Conflict Dynamics International, L’Appel de Genève, le gouvernement français, le Comité international de la Croix-Rouge, l’Organisation internationale du travail, le Centre international pour la justice transitionnelle, le Comité de secours international, la Romeo Dallaire Child Soldiers Initiative, Save the Children, le Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, le Programme des Nations unies pour le développement, l’UNICEF, War Child et World Vision International.)

Pour plus d’info : France Diplomatie

Crédit photo : Frédéric de la Mure / MAEDI

Dernière modification : 09/11/2017

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