71e AGNU - premier bilan dressé par Jean Marc Ayrault

"Merci Mesdames et Messieurs d’être là pour quelques instants,

Je vous avais indiqué lundi que je vous retrouverai vendredi pour faire le point de cette semaine. En ce qui me concerne, cette semaine n’est pas complètement terminée. Tout à l’heure, je participerai à la réunion du Quartet pour le Proche-Orient, puis à un événement autour du président Touadera pour la Centrafrique. Je rencontrerai cet après-midi des ONG et puis enfin je visiterai le siège d’une start-up française, qui réussit fort bien aux États-Unis, la société Datadog.

Et donc je ne vais pas reprendre le détail de mon programme, il est tellement intense qu’il ne m’a laissé pratiquement aucun moment de répit. J’allais dire que c’est une performance sportive, je ne sais pas, ça serait peut-être se vanter, mais cela ressemble un peu au marathon de New York. Mais nous sommes là pour ça. Et c’est pourquoi j’ai pris le temps nécessaire mais en même temps, je vais me concentrer sur les priorités pour faire le bilan de cette semaine.

Bien sûr, je vais vous parler d’abord de la Syrie. J’ai participé à de nombreuses réunions, il y a eu la réunion du conseil de sécurité, je suis intervenu au nom de la France. Mais aussi à deux réunions du groupe international de soutien. Et puis j’avais, au préalable, organisé une réunion des pays dits affinitaires, qui avait été aussi l’occasion d’un échange avec le président du haut comité des négociations, qui représente l’opposition modérée, Riyad Hijab. Et j’ai multiplié autant que possible les rencontres bilatérales sur la situation en Syrie.

Alors, que peut-on retenir de cette intense activité diplomatique sur la Syrie ?

D’abord, ce que je voudrais dire à nouveau, c’est que la France ne se résigne pas à laisser la situation se dégrader chaque jour d’avantage. La France ne se résigne pas à voir ce conflit dériver vers une guerre totale qui risque d’ouvrir la voie à un face à face morbide entre le régime qui multiplie les provocations et les groupes terroristes, Daech et al-Nosra. Ma crainte, je l’ai souligné au conseil de sécurité, les événements de ces dernières heures avec le bombardement délibéré d’Alep par le régime de Damas l’ont montré, c’est que le régime joue la carte d’une partition de la Syrie et que ses soutiens la laissent faire.

Aujourd’hui, l’urgence absolue, c’est la mise en place d’une véritable cessation des hostilités. Je n’ai cessé de le répéter chaque jour, chaque heure et on voit bien qu’il est difficile de rompre la spirale de la violence qui est à l’oeuvre sur le terrain. Le régime syrien et ses alliés refusent de renoncer à leur fuite en avant militaire, comme je viens de le rappeler. C’est le cas à Alep.

Alors, dans cette situation, qui peut légitimement être légitimement qualifiée de désespérée, que fait la France ? Que peut faire la France ?

D’abord, nous soutenons et nous continuerons de soutenir tous les efforts pour convaincre toutes les parties, à commencer par la Russie, d’arrêter ce carnage. Ce qui est nécessaire pour que les armes se taisent, c’est que le régime soit mis hors d’état de nuire. Et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de clouer au sol son aviation. Ce que j’ai encore redit hier après-midi. Et on voit bien que les discussions ne cessent de se prolonger, on va dire c’est positif si elles se prolongent, mais elles semblent interminables entre les Russes et les Américains avec un sujet qui est, comment faire pour que l’aviation de Bachar al-Assad ne sorte pas pendant une semaine, de manière à amorcer une véritable cessation des hostilités. C’est cela l’objet de la discussion et nous avons assisté en direct à une confrontation hier entre John Kerry et Sergueï Lavrov dans le cadre de cette réunion du GISS.

Les Américains, qui ont négocié un accord avec les Russes, qui co-président le groupe international de soutien, ont une responsabilité particulière. Et au regard de la gravité de ce conflit, cette responsabilité prend une dimension historique. Alors, nous leur demandons d’être à la hauteur. Mais, nous voyons aussi les limites du fonctionnement du GISS. Il est temps de passer à une approche plus collective.

En ce qui nous concerne, la France, nous prenons nos responsabilités, nous parlons à tout le monde. Nous parlons aux Russes, nous parlons aux Iraniens. Le président de la République a vu son homologue Rohani mardi soir, j’ai moi-même eu un long entretien avec Javad Zarif. Et Vladimir Poutine sera à Paris prochainement. Mais il faut changer de méthode.

La France a présenté une proposition, que j’ai précisée au fur et à mesure, une proposition très concrète pour faire en sorte que la mise en oeuvre de l’accord russo-américain, si elle devenait possible, s’inscrive dans la durée : avec un mécanisme de surveillance et de suivi qui soit crédible, et qui associerait tous les pays membres du GISS qui le souhaitent et qui donnerait donc une dimension collective, ce qui est nécessaire. Et cette proposition, je l’ai remarqué hier en particulier a été soutenue par la plupart des membres du groupe international de soutien qui se sont exprimés, car il est évident que, sans améliorer la surveillance de la trêve, il sera impossible de créer un climat de confiance. Et ce climat de confiance est indispensable car même autour de la table il y a de la défiance. Parce qu’il faut avoir une vue objective de la situation sur le terrain, incontestable. Sinon on va retomber dans les inévitables accusations mutuelles et une érosion progressive de la cessation des hostilités. Alors on repartira à nouveau vers un échec. J’ai encore insisté jusqu’à la fin pour que cette proposition soit prise en compte par John Kerry et Sergueï Lavrov. Nous allons nous battre pour cela et nous allons avec nos partenaires travailler pour décider des modalités de la mise en oeuvre de ces propositions. Quand on ne veut pas, on trouve toujours des raisons techniques, mais cela n’est pas compliqué. C’est une question de volonté politique, on peut y arriver.

Enfin, j’ai dit et je redis que la France n’acceptera pas que l’usage d’armes chimiques, qui a été incontestablement établi par le mécanisme d’enquête et d’attribution, le JIM, reste impuni. Nous souhaitons une résolution, sous chapitre VII, je l’ai redit plusieurs fois hier, avec des sanctions. Les consultations se poursuivent et je me réjouis que le mandat du JIM ait été prolongé hier, ce qui laisse le temps d’atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés : réunir les conditions de cette résolution.

Je sais bien qu’il y du scepticisme, un sentiment d’impuissance, et qu’il y a une forme de lassitude qui s’installe dans l’opinion. Un conflit, puis un autre, des massacres, des explosions, des attentats, des réfugiés, des enfants. Oui, c’est ça la réalité. Est-ce qu’on va s’habituer ? Est-ce qu’on va fermer les yeux ? Je le dis franchement : ne laissons pas l’histoire se répéter. Nous sommes tous engagés par la Charte des Nations unies que j’ai évoquée au début de mon intervention. Plus de 300.000 morts, plus de 10 millions de personnes déplacées ou réfugiées. Ne laissons pas les crimes se répéter. Ne laissons pas Alep devenir le Guernica du XXIe siècle.

J’ai parlé de mes priorités, la deuxième, c’est le processus de paix au Proche-Orient.

La France a donc organisé en début de semaine une réunion de suivi de la conférence de Paris que j’ai ouverte. Et tout à l’heure je participerai, avec mon homologue égyptien, à la réunion du Quartet. Je constate qu’il y a une dynamique nouvelle qui est en train de se développer sur ce sujet. Plusieurs pays ont pris des initiatives : l’Égypte, la Russie. C’est une bonne chose. On verra ce que le président Obama dira sur ce point avant de quitter ses fonctions.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que tout au long de cette semaine, j’ai eu des contacts avec la plupart de mes collègues. J’ai rencontré le nouveau secrétaire général de la Ligue arabe, j’ai participé à une réunion du conseil de coopération des États arabes du Golfe. Je constate que nos démarches, notre approche, notre méthode, sont comprises et appréciées.

Notre objectif reste toujours le même : l’organisation d’ici la fin de l’année d’une conférence internationale en présence des parties. Pendant cette assemblée générale, j’ai écouté le discours de Mahmoud Abbas, j’ai écouté le discours de Benyamin Netanyahou, on ne peut pas dire que leurs points de vue se sont rapprochés. Mais justement, parce qu’il n’y a pas de dialogue, parce qu’il y a affrontement, via la tribune de l’assemblée générale des Nations unies, c’est bien qu’il y a une incapacité à surmonter ces différends et qu’il y a nécessité de créer des conditions favorables pour remettre à l’agenda concrètement la perspective des deux États.

Si l’initiative française est comprise, si elle est citée, si elle est soutenue, c’est parce qu’elle correspond à une nécessité. Nous allons y travailler encore et encore. Je sais que la voie est étroite mais elle existe.

Là encore, La France ne se résigne pas à la politique du fait accompli, qui mènerait tout droit à la disparition de la perspective essentielle de deux États, et donc au désespoir et à la violence.

La troisième priorité, c’est la Libye. Là aussi, nous avons tenu une réunion avec les principaux pays engagés sur ce dossier, nous l’avons fait en présence du Premier ministre Sarraj. J’ai eu aussi des contacts bilatéraux avec la plupart des pays de la région.

Le constat est partagé : l’unité de la Libye, qui est indispensable, passe par un compromis politique, sous l’autorité du Premier ministre Sarraj. Cette réunion, à laquelle beaucoup de monde a participé, a pu être l’occasion de rappeler la reconnaissance par la communauté internationale du gouvernement de M. Sarraj.

Nous l’avons encouragé à asseoir son autorité mais en faisant les gestes nécessaires, en engageant les négociations indispensables. C’est dans cette direction que nous souhaitons avancer. C’est pour cela d’ailleurs que nous recevrons la semaine prochaine le Premier ministre Sarraj à Paris. Nous l’avons encouragé à s’engager dans une approche inclusive, à l’égard de tous les acteurs, y compris ceux de l’est de la Libye. À l’évidence, c’est indispensable.

Et puis, il y a eu beaucoup d’autres sujets qui m’ont occupé cette semaine : l’Afrique, le Mali. J’ai participé ce matin avec le secrétaire général des Nations unies et le président IBK à une réunion sur le Mali. J’ai évoqué tout à l’heure une réunion avec le président Touadéra sur la République centrafricaine. J’ai eu également beaucoup de contacts bilatéraux sur la situation préoccupante au Gabon, sur la République démocratique du Congo, sur la situation au Burundi. Donc l’Afrique, évidemment, est au coeur de la diplomatie française.

Et la Colombie aussi, à deux reprises : j’ai pu rencontrer le président Santos, d’abord avec le président de la République puis au début de la réunion du conseil de sécurité. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration. Le choix courageux qu’il a fait pour arriver à cet accord de paix a été salué par cet accord international.

Et puis bien sûr, aussi, le suivi du nucléaire iranien, la diplomatie économique et culturelle, sur laquelle j’ai pris plusieurs initiatives dont une encore cet après-midi.

Voilà, Mesdames, Messieurs Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.

Et avant de vous donner la parole je voudrais me féliciter de l’adoption il y a quelques instants par le conseil de sécurité d’une résolution appelant à une universalisation du traité d’interdiction des essais nucléaires.

L’adoption de cette résolution est une bonne nouvelle au moment justement où la communauté internationale s’est saisie, et cela a été un sujet de beaucoup de réunions bilatérales, notamment avec la Chine, avec le Japon, la Corée, c’est-à-dire la question du nucléaire en Corée du Nord. La France a depuis de longue date ratifié ce traité et elle appelle tous les autres États à faire de même."

Dernière modification : 09/11/2017

Haut de page