Deuxième Conférence mondiale sur la santé et le climat (7-8 juillet 2016)

L’Accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015, marque le début d’une nouvelle ère dans la riposte mondiale aux changements climatiques. Le monde est désormais doté d’un accord global sur le climat qui aura des répercussions majeures sur les politiques de santé publique à mesure que les pays passent à l’action. Comme indiqué dans l’Accord, le « droit à la santé » occupera une place centrale dans les mesures engagées.

Non seulement l’Accord fixe des buts ambitieux pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir le réchauffement climatique nettement en dessous de 2°C, mais il appelle aussi les pays à renforcer l’adaptation. Cela suppose notamment de mettre en œuvre des plans pour protéger la santé humaine des plus graves conséquences des changements climatiques, comme la pollution de l’air, les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses et la dégradation des ressources en eau et de la sécurité alimentaire. L’Accord engage les pays à financer des mesures pour un avenir propre et résilient dans les pays les plus vulnérables. Grâce au suivi et à la révision des contributions nationales tous les cinq ans, le monde connaîtra des améliorations du point de vue non seulement de l’environnement, mais aussi de la santé, y compris une réduction du nombre de décès dus chaque année à la pollution de l’air, qui est de sept millions aujourd’hui.

Pour saisir cette occasion historique, l’Organisation mondiale de la Santé et le Gouvernement français, qui assure la présidence de la conférence des Parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ont accueilli conjointement la Deuxième Conférence mondiale sur la santé et le climat « Créer des sociétés plus saines grâce à la mise en œuvre de l’Accord de Paris ».

La conférence vise à présenter les différentes façons dont la communauté de la santé publique soutient la mise en œuvre de l’Accord de Paris en vue de bâtir des sociétés plus saines et résilientes.

Discours d’André Vallini (Jeudi 7 juillet 2016 9h30)

Majesté,
Mesdames et messieurs les ministres
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir, ici au Centre de conférence ministériel du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international. Je remercie l’Organisation mondiale de la Santé d’avoir choisi d’organiser ici, à Paris, cette deuxième Conférence mondiale sur la santé et le climat, alors que résonne encore le succès de la COP21.

Le lien entre le changement climatique et la santé est en effet désormais bien établi et il fait consensus, tant le climat agit sur les déterminants sociaux et environnementaux de l’état de santé des populations.

Avant de céder la parole aux éminentes personnalités qui nous font l’honneur d’être parmi nous, je souhaite aborder rapidement trois points :

I. Les liens étroits entre politiques climatiques et sanitaires ;
II. L’engagement de l’Organisation mondiale de la Santé sur cette question ;
III. La nécessité de prolonger l’élan donné par l’adoption des ODD et la réussite de la COP21 en 2015.

I. La santé et le climat sont totalement liés

Chaque année, les événements météorologiques extrêmes, dont la fréquence est amenée à augmenter du fait du dérèglement climatique, causent le décès de dizaines de milliers de personnes dans le monde et ont un impact négatif sur la santé de millions d’autres.

Le changement climatique accroît l’insécurité alimentaire ; il aggrave la malnutrition ; il accentue la dissémination des maladies vectorielles, comme le paludisme, la dengue ou plus récemment Zika.

Quant à la pollution atmosphérique, elle influe directement sur la santé des habitants des centres urbains qui représentent déjà plus de la moitié de la population mondiale.

L’OMS estime ainsi à 7 millions, chaque année, les décès prématurés directement liés aux troubles respiratoires dus aux particules fines.

Le coût de l’inaction est lourd : on évalue en effet les dommages directs du changement climatique sur la santé entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici 2030, sans compter les coûts dans des secteurs déterminants pour la santé tels que l’agriculture ou la gestion de l’eau.

Les exemples sont nombreux et conduisent à une seule et même conclusion : lutter pour un monde résilient et sobre en carbone, c’est améliorer la santé de nos populations.

II. L’engagement de l’OMS sur cette question est remarquable

Je souhaite saluer l’action déterminée de Madame la Directrice générale Margaret Chan sur cette question, qui a permis l’adoption d’un premier plan « santé et climat » en 2008 et qui a organisé la première conférence sur le sujet en août 2014 à Genève.

Je salue notamment la résolution sur la santé et la pollution de l’air adoptée par l’OMS à l’Assemblée mondiale de la Santé de mai 2015, dont la mise en œuvre mobilise les Etats-membres, la société civile et le secteur de la santé.

Madame Chan a aussi apporté un soutien sans faille à la France pendant la préparation de la COP 21, en plaçant le sujet « climat/santé » en haut de l’agenda à l’OMS.

L’OMS fait également bénéficier de son expertise scientifique reconnue d’autres instances internationales, et notamment le Groupe Intergouvernemental d’étude sur le climat, le GIEC, dont plusieurs membres sont présents parmi nous.

Et l’OMS appuie aussi la Convention climat (CCNUCC) ainsi que d’autres initiatives internationales, comme la coalition pour le climat et l’air pur (CCAC) qui lutte activement contre les émissions de particules très polluantes dans l’atmosphère.

III. Notre devoir est désormais de renforcer l’élan de la COP21

2015 fut une année historique du fait de l’adoption d’un cadre commun, transversal et intégré pour le développement durable et l’adoption du premier accord universel sur le climat.

Vous savez bien sûr que le préambule de l’Accord de Paris mentionne le « droit à la santé ». Et le paragraphe 109 de la Décision va plus loin puisqu’il « reconnaît l’intérêt social, économique et environnemental des mesures d’atténuation volontaires et leurs retombées bénéfiques sur l’adaptation, la santé et le développement durable ».

C’est aussi le cas de l’Objectif dédié à la santé de l’Agenda 2030 (ODD3) qui comporte une cible spécifique (3.9) visant à « réduire nettement le nombre de décès et de maladies dus à des substances chimiques dangereuses, à la pollution et à la contamination de l’air, de l’eau et du sol ».
Ces principes doivent désormais être déclinés dans l’ensemble de nos politiques nationales et internationales.

Notamment en réorientant les flux financiers vers le développement d’infrastructures et de transports résilients et sobres en carbone, pour réduire au quotidien leurs conséquences néfastes sur la santé publique. C’est le sens de la loi de transition énergétique de 2015 qu’a fait voter Madame Ségolène Royal ministre de l’Environnement et présidente de la COP.

Mesdames et messieurs,
Nous avons pris la bonne direction mais le chemin est long.
Alors, allons plus loin, plus vite et plus fort, dans un effort collectif qui doit associer les Etats, les collectivités locales, la société civile, les entreprises et le secteur de la santé.

Cette conférence va y contribuer et c’est donc, pour moi, une grande satisfaction d’avoir eu l’honneur de l’ouvrir devant vous.

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"Construire des sociétés en meilleure santé à travers la mise en œuvre de l’Accord de Paris" - Discours de Ségolène Royal (7 juillet 2016)

Votre Majestée,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

• L’accord de Paris sur le climat est un tournant majeur. Il est ambitieux, il est universel, et il mobilise au-delà des Etats, tous les acteurs dans la lutte contre le changement climatique.

• Vous accueillir ici à Paris, pour cette deuxième conférence mondiale sur la santé et le climat organisée par l’Organisation Mondiale de la santé, c’est retrouver ensemble "l’esprit de Paris" qui a permis le formidable succès de la COP21.

• Je tiens à saluer tout d’abord la présence de la Reine Laetizia d’Espagne, dont l’implication personnelle dans le domaine de la santé et de l’environnement est connue de tous.

• Vous avez été nommée le 12 juin 2015 Ambassadrice spéciale de la FAO (Food and agriculture Organisation) pour la nutrition. Il s’agit d’une reconnaissance :

• à la fois de votre engagement personnel en faveur d’un monde libéré de la faim et de la malnutrition et des efforts déployés par l’Espagne pour promouvoir la sécurité alimentaire et nutritionnelle au plan mondial.
• De votre intérêt pour la recherche scientifique orientée vers la santé, l’éducation et l’innovation

• Demain, à votre initiative, se tiendra une table ronde relative à la manière d’explorer les bénéfices apportés à l’environnement, la biodiversité et la santé apportés par la promotion d’un système de nutrition plus sain ainsi que prenant mieux en compte la nécessité d’adaptation au changement climatique.

• Je tiens également à bien évidemment l’Organisation mondiale de la santé, et notamment Maria Neira, directrice « santé environnement » à l’Organisation mondiale de la santé d’avoir accepté d’organiser avec la France cette conférence sur le lien entre santé et changement climatique.

• L’organisation mondiale pour la santé, dont le rôle est de diriger et de coordonner la santé mondiale au sein du système des Nations Unies, se préoccupe depuis quelques années des conséquences sanitaires du changement climatique. La première conférence sur la santé et le climat, en 2014, a constitué une étape marquante visant à donner suite aux demandes formulées par la soixante et unième assemblée mondiale de la santé adoptées dès 2008.

• En effet, santé et climat sont inextricablement liés, car la santé des hommes est directement liée à celle de la nature, et à celle de la planète. Le rapport remis par le Haut Conseil de la Santé Publique « Impacts sanitaires de la stratégie d’adaptation au changement climatique » de mars 2015 est particulièrement éclairant sur ce point, il identifie différents types de risques sanitaires.

• Le climat change, il a toujours changé sur la Terre ! C’est d’ailleurs cela qui a permis de façonner les écosystèmes actuels et la biodiversité qui nous accompagne encore aujourd’hui.
• Mais actuellement il change trop vite et le vivant a du mal à répondre aussi rapidement. Si bien entendu ces conditions changeantes rapides affectent ce vivant, en retour la biodiversité qui s’effondre affecte le climat :
• la déforestation renforce dramatiquement les longues périodes de sécheresse et rend l’agriculture impossible dans nombre de régions.
• En mer, la surpêche des poissons pélagiques diminue la capacité de l’océan à stocker le CO2 à cause de la surconsommation par le plancton animal (qui n’est plus mangé par ces poissons) du plancton végétal. Et ces deux actions affectent bien sûr la sécurité alimentaire de l’humanité !

• L’Organisation mondiale de la santé dans un travail de 2005 estime que les épisodes de sécheresse ou de canicule et les précipitations violentes causent au moins 150 000 décès par an.
• Les affections les plus fréquentes sont les désordres cardiovasculaires, de graves problèmes respiratoires dus aux vagues de chaleur, des transmissions de maladies infectieuses et des problèmes de malnutrition imputés à l’effondrement des productions agricoles ou des récoltes de la pêche.
• L’incertain de l’avenir accentue les problèmes, il devient difficile de prévoir. Les désordres climatiques affectent les défenses immunitaires et la résistance aux produits toxiques. Tout ceci accentue les inégalités socioéconomiques et nombre de régions du globe sont touchées.
• La vague de chaleur de début août 2003 (la plus forte depuis 500 ans !) a entraîné 45 000 décès sur deux semaines en Europe.
• Deux aspects essentiels se dégagent au niveau régional :

les effets directs de l’élévation de température sur la physiologie, le métabolisme et la santé ; il a été démontré que l’augmentation de la température et les perturbations physiologiques chez la maman enceinte entraînaient une plus faible taille des bébés à la naissance. Une température élevée a aussi été soulignée comme rendant les humains plus agressifs.

l’influence du changement climatique sur la prévalence des maladies infectieuses, auto-immunes et allergiques.

Et nous assistons à de nouvelles prévalences dans nos contrées tempérées de maladies non nouvelles mais qui n’existaient pas dans les pays du nord. Mais les régions les plus touchées sont dans la ceinture intertropicale là où en plus les capacités d’adaptation sont aussi les plus faibles.
D’autres phénomènes susceptibles d’affecter la santé comme le problème des pollutions urbaines seront majorés par la chaleur, diffusion de molécules toxiques, augmentation des allergènes.
L’ensemble de ces modifications risque bien évidemment d’avoir des conséquences sociales et économiques importantes,

Troubles sociaux liés aux effets économiques, Si plus de 30% de la population est touchée par une épidémie de Chikungunya, de zika ou de dengue, en dehors des conséquences sanitaires, c’est une région ou un pays qui s’arrête !
conflits armés (guerres climatiques ou guerres de la faim)
problèmes spécifiques liées aux minorités réfugiées.
Un travail récent publié par l’Académie des Sciences des Etats-Unis analyse bien, par exemple la situation en Syrie : avant le déclenchement du conflit en 2011, le Moyen Orient avait vécu la pire sécheresse jamais enregistrée depuis plus d’un siècle. Cette sécheresse a été clairement reliée au changement climatique en cours et dans un contexte général de réchauffement le croissant fertile a été particulièrement affecté. Et ceci a fortement contribué à la déstabilisation géopolitique de la région.

L’enjeu majeur est alors l’adaptation aux impacts du changement climatique, sujet particulièrement important pour l’ensemble des parties à l’accord de Paris, dont l’article 2 entérine l’objectif mondial de long terme, et dont l’article 7, renforce la prise en compte et la planification par tous.

Il s’agit également de lutter pollution de l’atmosphère : les émissions de gaz à effet de serre ou de polluants climatiques sont souvent associées à d’autres émissions de substances toxiques. Le défi est alors celui de l’atténuation du changement climatique, c’est-à-dire de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, laquelle s’accompagne de la réduction des émissions d’autres polluants. Pour y parvenir, nous devrons laisser 80 % des réserves actuellement connues de charbon et de pétrole là où elles sont aujourd’hui !

Il est établi que les impacts du changement climatique frappent plus durement les populations pauvres et vulnérables, et en premier lieu les femmes.

• Dans de nombreux pays en développement, le bois de chauffage fréquemment utilisé pour la cuisson des aliments produit des fumées toxiques. Ces fumées émises dans des espaces fermés provoquent des maladies pulmonaires et cardiaques. Cette pratique traditionnelle accroit de plus la déforestation.
• Dans un effort conjugué de lutte contre le dérèglement climatique et de protection de la santé, des programmes mais aussi une Alliance globale ont émergé pour développer la diffusion de foyers de cuisson améliorés, que nous devons encourager. Ces nouvelles pratiques ont des bénéfices aussi bien environnementaux, sociaux qu’en termes de santé publique.

Développer les énergies renouvelables, c’est permettre aux jeunes filles, débarrassées de ces tâches ingrates, d’accéder à une meilleure éducation. Elles sont aussi durement touchées par la recherche quotidienne de l’eau, de plus en plus difficile à trouver durant les longs épisodes de sécheresse.

La France a engagé une action résolue au niveau international sur les polluants ayant un impact sur le climat (gaz à effet de serre fluorés). Des discussions sont en cours depuis plusieurs années pour amender le protocole de Montréal afin qu’il encadre la réduction de la consommation et de la production des HFC. Il est estimé qu’une telle mesure permettrait d’éviter plus de vingt fois les émissions 2012 de l’Union Européenne. De très récents travaux scientifiques démontrent bien les premiers impacts de ces mesures sur la réduction du « trou dans la couche d’ozone ».

Je souhaite qu’un accord sur un amendement au protocole de Montréal soit trouvé d’ici la fin de la période de présidence de la France pour COP21, pour réduire massivement d’usage de ces polluants d’ici 2030.

Le changement climatique conduit à une baisse des rendements agricoles et de la pêche à un accroissement du développement des ravageurs de culture.

Le maintien des niveaux de production de l’agriculture pose la question de l’utilisation accrue de produits phytosanitaires
Je lutte fermement contre l’utilisation du glyphosate, substance classée cancérigène probable par le centre international de recherche sur le cancer
Je souhaite également que l’usage des pesticides néonicotinoïdes puisse être réduit ; Le projet de loi pour la biodiversité prévoit une interdiction de ces pesticides à compter du 1er septembre 2018.
Ces produits sont soupçonnés d’avoir des effets sur la santé, notamment du fait de leurs effets neurotoxiques. Il convient de ne pas attendre de voir apparaître les conséquences sanitaires de masse pour interdire l’usage de ces substances dangereuses.

Les changements climatiques conduiront à une augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles (inondation, cyclones, …).

Je souligne la forte mobilisation internationale autour de l’accord de Sendaï en 2015, porté par l’UNISDR qui a pour enjeux :

- De développer la culture du risque et la sensibilisation des populations pour acquérir les bons gestes et comportements ;
- renforcer la résilience des établissements de santé situés en zone inondable ou exposée ;
- améliorer les systèmes de prévision et d’alerte (initiative CREWS, un side-event sera programmé à la COP 22).

En conclusion :

• J’aimerais aussi souligner qu’au-delà de l’accord de Paris, c’est aussi le formidable élan de l’action, concrétisée à Paris par l’ensemble des engagements des pays et des acteurs non étatiques, dans les contributions nationales et dans les coalitions et les initiatives de l’agenda d’action qui aura un fort impact sur la santé.

• Il est impératif de mieux prendre en compte l’enjeu de santé publique dans les objectifs de développement durable.

• Enfin, il est nécessaire de rappeler que si le montant annuel des subventions au développement de la filière du charbon est de 3 milliards de dollars par an, le coût de la pollution de l’air s’élève à 5,3 milliards de dollars par année.
• Il faut donc, dans le cadre des actions qui seront à mener pour lutter contre le changement climatique, viser à prioriser celles qui auront un fort impact, direct ou indirect, sur la santé publique.
• Tous nous réunir pour lutter contre les causes du changement climatique c’est faire un effort déterminant pour protéger la santé de tous les citoyens de la Terre !

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Dernière modification : 30/09/2016

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