10ème anniversaire d’Unitaid - Intervention de Jean-Marc Ayrault

Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, est intervenu jeudi 23 juin devant le conseil d’administration d’UNITAID afin de marquer le dixième anniversaire de l’organisation.

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"Monsieur le Ministre, Monsieur le Président, Cher Philippe,

Monsieur le sous-Secrétaire général des Nations unies, Cher Philippe Douste-Blazy,

Monsieur le Président du Conseil d’administration d’UNITAID, Cher Celso Amorim

Monsieur le Directeur exécutif d’UNITAID, Cher Lelio Marmora

Madame et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

D’abord bienvenue, je veux vous dire le plaisir que j’ai de vous accueillir cet après-midi pour un moment important, 10 ans d’UNITAID, qui s’inscrivent dans une histoire que je voudrais rappeler. Il y a un peu plus de 15 ans la déclaration du millénaire et ses huit objectifs de développement donnaient un formidable élan à la création des partenariats mondiaux.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et l’Alliance GAVI pour la vaccination, pour ne citer que ces 2 grandes initiatives, qui sont nés de cet engagement des bailleurs en faveur d’une aide internationale plus collaborative.

Ces initiatives ont été prises pour faire face à des maladies dévastatrices dans les pays en développement et qui avaient pour objectif de surmonter l’obstacle du coût inabordable des médicaments.

C’est ce qui a conduit à la création d’UNITAID. À travers elle, la France, le Brésil, le Chili, la Norvège et le Royaume-Uni souhaitaient mettre en place un instrument radicalement nouveau pour consolider ces jeunes partenariats qu’étaient le Fonds mondial et le GAVI.

Initialement pensée comme une simple facilité d’achat internationale de médicaments, UNITAID a peu à peu mis en place une véritable philosophie de financement innovant. Elle a montré comment transformer des idées révolutionnaires en solutions concrètes pour lutter contre les grandes pandémies.

1. Aujourd’hui, avec l’anniversaire d’UNITAID, ce sont donc 10 ans d’innovation dans le domaine de la santé que nous célébrons.

D’abord innovation en matière de financement de la solidarité internationale. Je l’ai évoqué à l’instant, la naissance d’UNITAID est étroitement associée à celle des financements innovants et plus particulièrement à la taxe sur les billets d’avion. Cette taxe, adoptée à Paris en 2005, qui partait du principe qu’il était légitime de faire contribuer un secteur emblématique de la mondialisation à la solidarité internationale, apporte aujourd’hui plus de la moitié des financements d’UNITAID. Si la France et le Brésil en étaient les pionniers, huit autres pays l’ont finalement adoptée.

Innover, c’est aussi chercher à faire plus avec des moyens, vous le savez bien, toujours très contraints. En agrégeant la demande mondiale, UNITAID a permis de diviser le prix des traitements contre le VIH par 10 et de multiplier le nombre de personnes bénéficiant de ces médicaments également par 10. En favorisant des diagnostics innovants, le plus tôt possible, elle fait aussi mieux : le taux de détection de la tuberculose pharmaco-résistante a doublé.

Et innover, c’est également créer des solutions là où elles n’existent pas. UNITAID utilise sa position unique sur le marché mondial des médicaments pour inciter l’industrie à fournir des solutions à des besoins trop souvent négligés. Je pense en particulier aux traitements pour les enfants, qui sont souvent complexes pour les mettre au point et dont la demande émane surtout des pays les plus pauvres, les pays du sud en général

Enfin, innover, c’est aller plus vite et faire en sorte que les solutions nouvelles lancées dans les pays développés ne mettent pas 20 ans à arriver dans des pays du sud. UNITAID a ainsi créé et finance une communauté de brevets, qui collabore avec l’industrie, les organisations internationales et les groupes de patients pour favoriser la fabrication et la distribution des médicaments génériques, sans attendre l’échéance des brevets. Grâce à ce dispositif, plus de trois milliards de doses de médicaments à faible coût ont pu être distribuées dans pas moins de 117 pays.

2. Ce bilan exemplaire, UNITAID le doit au courage de ceux qui ont permis cette belle aventure.

Elle le doit à des femmes et à des hommes de son secrétariat d’abord qui oeuvrent sans relâche dans cette direction mais elle le doit aussi aux opérateurs et aux partenaires sur le terrain, qui accomplissent un travail remarquable.

Je voudrais saluer ici, tout particulièrement, votre présence, Mme Claude Chirac. Le président Jacques Chirac fait partie des pionniers qui ont suivi, on pourrait le dire - une intuition, celle du rôle majeur que devaient jouer les financements innovants dans le combat pour la santé mondiale. La vision qu’il a tracée dans ce domaine est toujours d’actualité. Je voudrais saluer l’oeuvre qui a été la sienne car elle ne partait pas seulement de l’intuition dont je viens de parler mais elle partait aussi du coeur et du refus de cette inégalité majeure face aux exigences légitimes en matière de santé. De tous les amis de Jacques Chirac, il en est un à qui UNITAID doit également beaucoup. Je veux bien entendu parler de Philippe Douste-Blazy, qui fut son ministre de la santé, puis ministre des affaires étrangères. Cher Philippe, dans ces fonctions puis dans celles que tu as occupées par la suite, à la tête d’UNITAID et aux côtés du Secrétaire général des Nations unies, tu as pu démontrer avec beaucoup de détermination en ayant peur de rien, ton engagement pour cette grande cause. Cette grande cause qu’est la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Je voudrais en profiter pour t’exprimer toute notre reconnaissance pour ce bel engagement.

Aujourd’hui, Celso Amorim, qui est aussi un « père fondateur » d’UNITAID, avec le Brésil et qui a été ministre des affaires étrangères du président Lula, vient d’être élu aujourd’hui à Paris pour succéder à Philippe Douste-Blazy à la tête du Conseil d’Administration. Je vous félicite pour cette nomination et je vous adresse tous mes encouragements pour accomplir cette noble mission.

Enfin, je voudrais remercier tous les pays fondateurs et membres d’UNITAID qui, année après année, soutiennent cette belle organisation et lui donnent les moyens de son ambition que nous partageons tous.

Ce bilan positif ne doit pas nous conduire à relâcher la mobilisation. Au contraire, il doit être source d’inspiration, pour unir nos efforts et venir à bout du sida, du paludisme et de la tuberculose d’ici quinze ans.

Car, seules la constance de nos engagements et notre volonté politique nous permettront d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés au sommet du développement durable à New York en septembre dernier.

3. Je peux vous assurer du soutien et de la détermination de la France. La France comme je l’ai rappelé, a toujours été au début de cette histoire et notre détermination est intacte.

Plus que jamais, les questions de santé mondiale constituent une priorité en matière de développement durable. Je reviens d’un pays qui est en train de sortir de la dictature qu’est la Birmanie où j’ai rencontré Aung San Suu Kyi qui mène un combat admirable. Mais, les années de dictature ont détruit ce qui existait au début de l’histoire de l’indépendance de ce pays puisqu’en 1950 on considérait que la Birmanie était l’un des pays les mieux équipés en matière de santé publique. Aujourd’hui c’est exactement le contraire. Tout est à faire. Démocratie mais aussi volonté politique et solidarité internationale vont ensemble. Un pays était dans la même situation. C’étaient les Philippines. C’étaient deux pays prometteurs. Ceux qui avaient le meilleur avenir en Asie du Sud-Est. Dans ces deux pays, la dictature avait tout bloqué, tout fermé. Les Philippines sont reparties. La Birmanie repart à son tour. Je le dis parce qu’il y a de l’espoir quand se rencontrent les volontés internationales mais aussi les volontés locales. Et c’est le cas aujourd’hui en Birmanie. C’est pourquoi la France est engagée et continuera de l’être.

La contribution de la France, c’est plus d’un milliard d’euros par an. Il n’est pas question de reculer. Cela passe par le soutien aux grands partenariats internationaux qui réunissent pays donateurs, pays bénéficiaires, société civile et sociétés privées.

C’est bien sûr le cas d’UNITAID, auquel la France a déjà apporté plus d’un milliard d’euros, mais c’est aussi le cas du GAVI, du Fonds mondial, dont elle est le 2ème contributeur. Grâce à ces partenariats, la France contribue à sauver et à améliorer la vie de plusieurs millions de personnes.

Nous voulons renforcer encore davantage l’efficacité de tous ces instruments. Ce sera votre mission, Monsieur le Président. Cela implique d’améliorer leur articulation avec le reste de l’architecture de la santé mondiale et de dégager des synergies entre ces partenariats multilatéraux, la société civile et les agences des Nations unies, tels qu’ONUSIDA, l’OMS ou l’UNICEF.

Plus largement, nous voulons accélérer le renforcement des systèmes de santé. C’est une condition de l’efficacité de notre aide dans la durée : seuls des systèmes nationaux - je l’évoquais à travers deux exemples - qui soient performants permettront d’atteindre les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés à l’échelle mondiale.

C’est aussi un enjeu de développement car la santé constitue un puissant facteur de croissance dans les pays en développement. C’est pour cette raison que le président de la République, François Hollande, a souhaité présider avec son homologue sud-africain la commission des Nations unies sur l’emploi en santé et la croissance, dont les conclusions seront remises en septembre.

Dans un autre domaine, nous souhaitons également favoriser le développement de la couverture sanitaire universelle car elle est le seul moyen de garantir l’accès aux soins pour tous.

Pour conduire ces chantiers, nous avons besoin de l’OMS (l’organisation mondiale de la santé) Nous avons besoin de faire de l’OMS davantage encore un centre du système mondial de la santé. C’est pourquoi le président de la République a décidé d’apporter - pour réussir dans cette réforme nécessaire - son soutien à la candidature de Philippe Douste-Blazy pour en prendre la direction. Philippe le sait. Il a tout mon soutien et à chacun de mes déplacements, j’évoque sa candidature, son expérience et son engagement. Il a cette expérience qui convient à ce poste, son parcours en France ainsi qu’aux Nations unies constituent des atouts solides. Pionnier des financements innovants pour le développement, sa profonde connaissance des enjeux de santé mondiale sera un atout clé pour permettre à l’OMS de répondre aux défis du XXIème siècle.

Les chantiers sont nombreux : réformer sa gouvernance, optimiser son organisation et restaurer la confiance des États et des acteurs non-étatiques. Pour cela, je ne doute pas que vous serez nombreux, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs représentants de vos pays, à lui apporter un large soutien à l’occasion des élections au Conseil exécutif en janvier prochain, puis à l’Assemblée mondiale de la santé en mai.

Merci à toutes et à tous. Merci, Mesdames et Messieurs, d’abord de votre présence qui montre à la fois votre engagement et votre souhait d’aller plus loin Ne pas renoncer, à faire que l’humanité aille mieux. Et elle ira mieux si elle est en bonne santé. Pour cela, vous savez tous que c’est un combat. D’abord il y a de nouveaux défis, de nouvelles maladies. Tout le monde a en tête Ebola, Zika. Ce qui veut dire aussi la nécessité pour les pays les plus riches de continuer à investir dans la recherche et à trouver des solutions pour réduire ces maladies et ces pandémies. Organiser l’accès de tous aux soins, c’est la mission d’UNITAID.

Bon courage parce que je sais qu’il en faut pour réussir. Merci."

Intervention de Jean-Marc Ayrault du 23 juin 2016

Dernière modification : 30/09/2016

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