Journée internationale des droits des femmes 2016

Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes 2016, la Haute fonctionnaire à l’égalité des droits, la direction des ressources humaines et l’association Femmes et Diplomatie ont organisé une rencontre sous forme d’ateliers interactifs, consacrée au thème "parité, égalité, fraternité". À cette occasion, retrouvez le discours de Jean-Marc Ayrault ainsi qu’une vidéo réalisée à partir de témoignages d’agents.

Lire le discours de Jean-Marc Ayrault

"Monsieur le Secrétaire d’État, Cher Harlem, merci de votre présence,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame la Directrice générale,
Madame la Directrice et haute fonctionnaire à l’égalité,
Madame la Directrice et Présidente de l’association « Femmes et diplomatie »
Mesdames et Messieurs,

C’est la première fois que je m’adresse à vous, au travers de ce discours, et je suis heureux de le faire ce 8 mars. Comme Mme Rispal vient de le rappeler, c’est un temps fort, même si, évidemment, il ne faut pas se contenter de ces réunions du 8 mars et ne rien changer ensuite. C’est justement ce que vous voulez faire, c’est poursuivre un travail de mobilisation. Pour cela, vous avez choisi une méthode, celle du débat, des échanges, de façon innovante, et je m’en félicite.

Je voulais donc vous adresser, à celles et ceux qui vont animer ces ateliers, d’abord un message de remerciements, et vous remercier aussi pour votre mobilisation dans le cadre de vos différents engagements, notamment dans le cadre de vos fonctions, de vos engagements associatifs qui ont permis d’organiser cet événement. Je voudrais saluer tout particulièrement « Femmes et Diplomatie », sa présidente ainsi que ses adhérents.

À l’occasion de cette journée internationale des droits des femmes 2016, je suis particulièrement heureux de réserver l’une de mes premières interventions au thème de l’égalité professionnelle entre les Femmes et les Hommes.

Cette rencontre donnera lieu, j’en suis certain, à des échanges riches, innovants et divers, à l’image de cette assistance. Je tenais à saluer chacune et chacun d’entre vous, participantes et participants. Je remercie particulièrement celles et ceux qui ont accepté d’animer les ateliers et qui ont, dans le cadre de leurs fonctions ou de leur engagement associatif - et je souhaite saluer à cette occasion « Femmes et Diplomatie », sa Présidente et ses adhérentes - contribué à l’organisation de cet évènement.

J’émets le vœu qu’à l’instar de vos réflexions de l’an dernier, celles de cette année soient utiles et prises en compte dans ce vaste chantier de modernisation du ministère des affaires étrangères et du développement international à travers ce programme MAEDI21 que vous m’avez présenté, Monsieur le secrétaire général, et auquel je crois.

Vous avez déjà franchi beaucoup d’étapes, il en reste encore mais c’est vrai en particulier sur le chemin de l’égalité pour tous. Que cette journée soit l’occasion de formuler des propositions qui contribueront à moderniser le ministère et à avancer sur le chemin de l’égalité professionnelle.

C’est vrai, c’est une conviction que nous sommes ici tous à partager : la défense et la promotion des droits des femmes est une cause qui nous concerne tous, hommes et femmes, et qui doit nous mobiliser au quotidien.

Bien sûr, le 8 mars est une grande journée internationale de mobilisation, c’est aussi une journée de médiatisation c’est vrai, mais c’est une cause qui doit mobiliser l’ensemble des acteurs, de ceux qui peuvent faire bouger les choses chaque jour. Je l’ai dit à Genève il y a quelques jours : quand on regarde à l’échelle mondiale le combat pour l’égalité, pour le droit des femmes à disposer de leur son corps, le combat contre les discriminations de toutes natures, les stéréotypes aussi, les violences qui sont faites aux femmes, la domination sexiste, on voit que ce combat est loin d’être terminé. Je dirai même qu’au contraire, comme je l’ai dit le 29 février, il y a une tendance, en tout cas dans certains pays, au recul. Nous devons en permanence nous mobiliser et lutter pied à pied avec cette conviction : c’est qu’attaquer les droits des femmes, ces droits universels si chèrement acquis, c’est nous attaquer tous. Cette conviction, vous l’avez rappelée Mme Rispal, je l’ava is portée lors de mes précédentes fonctions à la tête du gouvernement mais aussi dans tous mes engagements. Il ne s’agit pas ici de faire de l’autosatisfaction, il s’agit simplement de rester attentifs et mobilisés. Aujourd’hui, à la tête de la diplomatie française, je souhaite que celle-ci fasse plus que jamais des droits des femmes une priorité et un principe d’action, pas seulement dans ans un discours, mais dans le concret.
Nous devons continuer à porter ces messages à tous les niveaux, dans les organisations multilatérales et dans toutes nos relations bilatérales, même si ce dialogue est parfois difficile. C’est ce travail qu’en tant que ministre des affaires étrangères et chef de la diplomatie française j’entends bien sûr continuer à conduire.
Mais en ce qui nous concerne nous, à l’intérieur de ce ministère, il s’agit aussi d’essayer d’être exemplaire, en tout cas d’être attentifs et mobilisés.

J’ai pris connaissance de la feuille de route annuelle que le ministère élabore, sous votre responsabilité, Madame la Haute fonctionnaire à l’égalité, c’est votre titre Mme Rispal, et vous m’en aviez d’ailleurs parlé pendant le voyage du président de la République à Buenos Aires, en me disant combien vous êtes motivée par cette mission. Je me réjouis de savoir que cette feuille de route a valu les félicitations, j’allais dire les encouragements plutôt, du comité interministériel des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes, comité que j’avais d’ailleurs contribué à mettre en place dès 2012.

Ceci résulte d’une politique volontariste au sein du ministère, c’est évident. J’y attache la plus grande importance et je voudrais attirer votre attention sur trois objectifs.
Tout d’abord, accroître le nombre de femmes susceptibles d’être appelées à des fonctions dans l’encadrement supérieur.

Chacun doit être conscient qu’il y a des progrès à faire et que c’est nécessaire pour l’amélioration de la qualité des emplois. Cela ne peut pas se faire sans cette amélioration au quotidien. Cela implique de réfléchir à une vraie mixité et c’est un défi qu’il ne faut pas sous-estimer. C’est un défi central et je souhaite que nous soyons à la pointe de ce combat.
Nous devons ainsi continuer à favoriser le nombre de femmes susceptibles d’être nommées à des emplois de responsabilité. Au-delà de l’égalité salariale, les parcours de carrière doivent aussi pouvoir être égaux. Je note, et m’en félicite, qu’il y a à présent 48 ambassadrices, certes sur un total de 202 postes, soit 24% du total des ambassadeurs et des ambassadeurs thématiques. Cela fait peu vu de l’extérieur mais il s’agit d’un progrès si on regarde le chemin parcouru, alors que le ministère ne comptait que 42 ambassadrices en 2015, 34 en 2014 et 22 seulement en 2010. Cette dynamique doit se poursuivre.

Nous comptons aujourd’hui près de 30% de femmes dans les primo-nominations à un emploi de direction et de décision. Si l’on regarde quelle est la situation ailleurs, c’est un bon résultat. Mais cela n’est pas pour autant suffisant.
Nous devons poursuivre nos efforts pour atteindre les objectifs de la loi Sauvadet. Pour ce faire, il est indispensable de développer le nombre des femmes susceptibles d’occuper des postes à responsabilité. La part des femmes dans le vivier des agents promouvables à ce type de fonctions demeure en effet encore trop réduite. Il est donc important de continuer nos actions volontaristes comme la promotion, à compétences égales, d’un nombre de femmes supérieur ou égal à cette part et je sais que ce n’est pas toujours évident car certains hommes peuvent trouver cela injuste mais il faut être clair. Si on veut faire bouger les choses, il faut ce volontarisme que j’assume.
Deuxième point, il me parait essentiel de favoriser, et c’est indispensable, une meilleure conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Depuis ma prise de fonction, je découvre chaque jour à votre contact les grandes exigences du métier de diplomate. Pour autant, cette exigence doit pouvoir se concilier avec le respect et l’épanouissement de chacun dans sa vie privée. Ceci suppose une évolution des méthodes de travail, mais aussi des habitudes et des comportements. Il y a une forme de routine aussi, nous avons adopté une charte du temps en mai dernier. Il s’agissait d’un point important sur lequel vos discussions avaient tout particulièrement porté l’an dernier car vous êtes un peu à l’origine de cela.

Mais une charte ne suffit pas en soi. Je sais que notre ministère doit pouvoir faire face à chaque instant aux situations de crise, ce qui exige une grande disponibilité, et ce ministère est, de ce point de vue, exemplaire, il faut le saluer. Mais le temps crise, ce n’est pas partout, tout le temps. Aussi dans tous les services, il faut avoir un rythme, même si on est capable de s’adapter à l’urgence. J’appelle à un effort sur les horaires, pour que les horaires des agents soient maîtrisés. Il n’est pas normal que des journées de 12 heures puissent parfois être une habitude, une routine comme je le disais il y a quelques instants.

Pour répondre à ce défi, iI revient à chacun et à chacune d’entre vous, et notamment à la hiérarchie, de montrer l’exemple et de veiller à la mise en œuvre concrète de la charte. Nous pouvons aussi être plus flexibles, en tirant profit de nos nouveaux outils comme par exemple avec les ordinateurs et les téléphones portables sécurisés, même s’il ne faut pas en être esclaves car il faut faire attention à ne pas abuser de ces nouvelles technologies, mais de savoir s’en servir intelligemment. Je crois que l’on peut, en effet, faire confiance à l’intelligence individuelle et collective. Je souhaite également que la piste du télétravail puisse être explorée par la directrice générale de l’administration et de la modernisation, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du décret du 11 février 2016 sur la mise en œuvre du télétravail au sein de la fonction publique.

Enfin, mon troisième objectif est celui d’accompagner au mieux les agents et leur famille.
La « délégation aux familles », dont la création a d’ailleurs été elle aussi largement inspirée par vos travaux, sera opérationnelle cette année. Elle permettra de mieux répondre aux attentes et aux questions pratiques des agents. Je m’en réjouis, et je compte d’ailleurs pour que vos échanges puissent enrichir la réflexion sur les attributions, le rôle et le fonctionnement de cette délégation. Celle-ci doit devenir pleinement vôtre, sous l’autorité de la directrice des ressources humaines.

Les mesures en faveur des conjoints et conjointes sont également un axe majeur. Aux yeux d’un grand nombre d’entre vous, la diplomatie est sans doute le plus beau métier du monde - et comment ne pas vous comprendre. En effet, c’est une mission de très grande hauteur pour la France, avec la fierté tout à fait légitime que vous pouvez avoir de votre métier. Mais vos conjoints et conjointes doivent-ils pour autant « épouser la carrière » - expression d’un autre temps - quitte à sacrifier la leur au gré de vos affectations ?

C’est une question vraiment difficile, c’est une question de notre temps, de notre époque. Elle se pose à vous comme aux militaires par exemple et c’est une question qu’il faut traiter, il faut l’affronter vraiment. Ici aussi, des progrès importants ont été réalisés, notamment sous votre impulsion, Monsieur le secrétaire général et grâce à la mobilisation de la DFAE et de nos postes. Ces progrès doivent être poursuivis. Je pense notamment au nombre de pays dans lesquels les conjoints de diplomates peuvent exercer une activité professionnelle : 60 pays aujourd’hui, avec une cible de 90 pays d’ici à 2017, donc nous progressons. Je pense également aux partenariats mis en place avec le secteur privé visant à favoriser l’emploi des conjoints, et que nous devons développer plus encore. Il y a donc des possibilités de progression.

Vous avez rappelé Madame la Directrice, le thème de cette journée : « parité, égalité, fraternité ». C’est un bon programme, à mes yeux particulièrement adapté :

« Parité » : c’est l’évolution spontanée de la société qui le démontre et il ne suffit pas de le mettre dans la Constitution, il ne suffit pas de l’affirmer, il faut que les progrès enregistrés soient concrets. Depuis 30 ans ils sont parfois trop modestes, donc il faut poursuivre dans cette direction avec des résultats mesurables et des objectifs chiffrés.

« Egalité » : parce que les inégalités sont elles-mêmes partout, nous devons agir à tous les niveaux pour les faire reculer. L’égalité femmes-hommes ne peut être une simple option, mais doit relever d’une politique intégrée portée par l’ensemble de l’administration, dans toutes ses composantes.

« Fraternité » : c’est l’un des plus beaux mots qui doit en permanence nous animer, car l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est un levier puissant de modernisation, qui peut faire reculer des tabous et certains réflexes mentaux et professionnels, les habitudes, les routines que j’évoquais à plusieurs reprises. En ouvrant le débat sur des thématiques telles que l’équilibre entre vie privée et professionnelle ou la question des conjoints et conjointes, elle contribue à l’amélioration du « mieux vivre » et du « mieux travailler » ensemble ou pour soi-même, en famille, c’est important pour l’efficacité du travail et pour le bien-être personnel.

Voilà, c’est tout un programme, un beau programme qui a de quoi nous mobiliser tous ensemble. Je vous remercie d’être présents et présentes même si, de fait, une majorité de femmes l’emporte et je suis heureux de voir que nous sommes presque à parité pour cette journée du 8 mars ici au ministère des affaires étrangères et du développement international.

Voilà de quoi faire, voilà de quoi vous mobiliser et bon travail.
Merci d’avance."

Discours de Jean-Marc Ayrault du 8 mars 2016

JPEG

1. La parité au MAEDI : quels résultats en 2016 ?

Animation : Hélène Duchêne, Directrice des affaires stratégiques de la sécurité et du désarmement, Présidente de l’association "Femmes et Diplomatie" + Ludovic Pouille, Directeur-adjoint à la direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient

Alors que l’on a eu depuis quelques années un discours et des actions volontaristes de la DGA pour atteindre les objectifs fixés par la législation (notamment la loi Sauvadet), où en est-on aujourd’hui ? Quels sont les chiffres et les initiatives ? Que nous montrent-ils ?

2. La parité vue par les hommes : Suite

Animation : Kareen Rispal, Directrice des Amériques et des Caraïbes, Haute fonctionnaire à l’égalité des droits + Gautier Mignot, Directeur général-adjoint de la mondialisation, de la culture, de l’enseignement et du développement international

Comment les mesures mises en œuvre peuvent-elles bénéficier à tous ? Comment les femmes mais également les hommes peuvent-ils s’approprier les avancées en la matière ? Comment faire pour que la parité demeure un objectif commun et fédérateur pour les agents ?

3. Les mesures au soutien de la parité mais au bénéfice de tous : quel rôle pour la Délégation à la famille ?

Placez votre texte ici

Dernière modification : 08/03/2016

Haut de page