Dérèglement climatique - Conférence sur le climat

Paris, 05/01/2015

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Q - Question sur votre engagement écologique à quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, événement important : quelles sont les dispositions très concrètes qui vont nous prouver que votre engagement écologique ce n’est pas que des mots ?

R - Il ne vous a pas échappé qu’il y a la discussion d’une loi sur la transition énergétique. Elle a été saluée et votée d’ailleurs très largement à l’Assemblée nationale. Elle va permettre de faire davantage d’économies d’énergie, de permettre aux Français d’obtenir des crédits d’impôts pour leurs travaux d’isolation thermique. On va avoir plus de renouvelable. Le nucléaire va être plafonné. L’économie circulaire, c’est-à-dire l’utilisation des déchets, va être encouragée. On va lutter beaucoup plus efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre. On a introduit une contribution carbone qui s’applique d’ailleurs à partir du 1er janvier. La loi sur la biodiversité va être votée justement pour éviter qu’un certain nombre d’espèces, de faune comme de flore, puisse disparaître.

La France est exemplaire dans sa politique écologique. Elle l’est parce qu’elle va accueillir - vous avez raison de le rappeler - la conférence sur le climat. Vous pensez que si je n’avais pas suffisamment d’arguments, je pourrais convaincre les autres, les Chinois (27 % des émissions de gaz à effet de serre) les Américains (15 % des émissions de gaz à effet de serre) ? Si je n’avais pas d’arguments à faire valoir, vous pensez que j’aurais pu convaincre les Européens qui se sont mis sur nos objectifs ? Non. Il faut être exemplaire.

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Q - De quoi a-t-on peur pour qu’on n’arrive pas à faire voter la taxe Tobin ?

R - C’est un combat, c’est une lutte. Je les ai engagés. La taxe sur les transactions financières - ce que vous appelez « la taxe Tobin » du nom de son inventeur - peut être mise en oeuvre puisque onze pays européens se sont organisés pour l’introduire. Il y a encore des questions techniques mais vous avez parfaitement raison : derrière les questions techniques, il y a toujours des résistances politiques ou des jeux de pression de groupes financiers. J’ai donc demandé au ministre des finances, Michel Sapin, dès le mois de janvier, de réunir les ministres des finances des onze pays concernés pour mettre en place en 2016, au plus tard 2017, cette taxe sur les transactions financières en Europe, dans les onze pays, avec une assiette la plus large possible.

Souvent il y a des pays - le nôtre ne fait pas exception - qui disent : « on n’a qu’à prendre cette partie-là de la finance, pas l’autre, parce que cela pourrait mettre en cause un certain nombre de nos banques ou de nos établissements financiers ». Mieux vaut prendre tous les produits de la finance avec un taux faible pour qu’il n’y ait pas de désorganisation des marchés et, en même temps, qu’il puisse y avoir cette correction et cette répartition.

Qu’est-ce qu’on va faire de cette taxe ? Ce n’est pas seulement pour récolter de l’argent ! Je pense que cette taxe devrait être mise au service du climat, c’est-à-dire de la lutte contre le réchauffement climatique. Vous savez que beaucoup de pays émergents ne sont pas prêts à signer un accord sur le climat à la fin de l’année. Cela nous concerne puisque c’est nous qui allons organiser la conférence... Ils disent : « nous n’avons pas les moyens d’investir pour notre transition énergétique ». Il faut trouver 100 milliards de dollars sur un fonds vert. Une partie de la taxe - peut-être même la totalité de la taxe sur les transactions financières - devra être mise au service de ce fonds vert.

Q - Qu’est-ce qui vous permettra de dire en décembre que la conférence de Paris sur le climat sera un succès ? Selon quels critères ? Quelles sont les attentes précises que la France peut avoir à l’égard de ce rendez-vous important ?

R - Trois critères : un, est-ce qu’il y aura un accord général contraignant, pays par pays, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre...

Q - Contraignant, c’est-à-dire avec surveillance internationale ?

R - Avec surveillance, notamment pour les plus grands pays émetteurs, je les ai cités - Chine, États-Unis - mais aussi pour d’autres. Un accord contraignant, c’est un premier critère.

Deuxième critère, est-ce qu’on peut dégager ces 100 milliards de dollars pour le fonds vert pour soutenir les investissements, les reconversions, les innovations dans les pays émergents, c’est-à-dire les pays les plus pauvres ou ceux qui se développent le plus rapidement possible ?

Troisième critère, est-ce qu’on est capable de dégager des financements innovants ? Tout à l’heure, on parlait de la taxe sur les transactions financières. Est-ce qu’on est capable d’imaginer de nouvelles contributions, notamment le prix du carbone, qui pourrait justement permettre à tous les acteurs économiques de savoir que les ressources fossiles sont un prélèvement sur la planète ? Le prix du carbone doit être instauré.

Si ces trois critères sont réunis, je pourrais dire lorsque je reviendrai à votre micro : « nous avons réussi ». Je veux que les auditeurs comprennent bien que ce n’est pas simplement un enjeu franco-français, il s’agit de savoir si les devoirs de l’humanité vont pouvoir être fixés dans un texte contraignant pour les années qui viennent.

On dit : « est-ce que François Hollande n’est pas devenu écologiste comme cela, par circonstance ? » Depuis que je suis en responsabilité, toutes les informations qui me sont données et tous les experts me signalent que c’est alarmant. Nous avons vécu ces trois dernières années, les trois années les plus chaudes de notre siècle. À Paris, il a gelé deux nuits l’année 2014, généralement c’était 25... Le niveau de la mer ne cesse donc de monter, des îles vont disparaître, la calotte polaire est en train de fondre.

Je ne suis pas là pour faire du catastrophisme, je dis qu’il y a urgence. La conférence sur le climat, c’est à Paris et c’est une responsabilité énorme pour la France. On va réussir. Pour la France, c’est un bel enjeu : être capable de montrer que c’est à Paris, une fois encore, que les droits humains vont être prononcés. (...)./.

Dernière modification : 07/01/2015

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