Dérèglement climatique - Conférence sur le climat

Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, a participé à partir du 9 décembre à Lima à la conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Comme l’a indiqué Laurent Fabius, trois mots d’ordre animent l’action de la France : urgence, ambition et espoir.

Urgence, d’abord, car les analyses scientifiques et l’observation courante montrent qu’il y a un dérèglement du climat de plus en plus grave causé par les gaz à effets de serre. Le niveau des mers monte, la chaleur augmente et les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient.

Ambition, ensuite. L’objectif de la conférence de Lima est de commencer à identifier les points de consensus et de définir une méthode commune pour les contributions nationales que chaque pays doit présenter durant le premier trimestre 2015.

Espoir, enfin, notamment parce que l’Europe, les États-Unis et la Chine ont d’ores et déjà pris des engagements. La conférence de Lima a constitué une étape déterminante pour aboutir à un accord universel de lutte contre le dérèglement climatique à Paris en décembre 2015 (COP21). Laurent Fabius et la délégation française ont lancé officiellement à Lima le 12 décembre sa préparation. La France est mobilisée pour que « Paris Climat 2015 », qui sera la plus grande conférence diplomatique jamais organisée en France, soit un succès.

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Résultat des négociations à Lima - Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international

Lima, 14/12/2014

Après d’intenses négociations, la conférence de Lima sur le dérèglement climatique a abouti à un accord qui constitue une base de travail pour préparer Paris Climat 2015. Je salue le travail du président de la COP 20, Manuel Pulgar Vidal. La France agira main dans la main avec tous et en particulier avec le Pérou pour préparer Paris Climat 2015.

L’Appel de Lima pour l’action sur le climat précise le contour des contributions nationales que chaque pays devra communiquer au début de l’année prochaine. C’était un élément essentiel pour poursuivre la dynamique des récentes annonces de l’Union européenne, des États-Unis et de la Chine sur la réduction de gaz à effet de serre.

Il contient aussi les prémices de l’accord de Paris. Cet accord, qui demandera encore un travail important et délicat, devra apporter des réponses concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique, notamment en faveur des pays les plus vulnérables./.

Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, en plénière de clôture de la COP 20

Lima, 14/12/2014

Monsieur le Président, Cher Manuel,

D’abord je voudrais vous féliciter de ce grand succès. Je pense qu’il est dû évidemment à toutes celles et tous ceux qui sont là, mais vous avez montré ce qu’un président efficace pouvait faire et vous avez placé la barre très haut. J’essaierai modestement de m’en rapprocher.

Je voulais intervenir quelques instants. D’abord pour dire tout simplement que nous allons préparer les choses pour vous accueillir toutes et tous de la meilleure façon possible.

J’ai noté dans toutes les interventions que les délégués soulignaient qu’ils voulaient un grand succès à Paris. Je vais vous faire une confidence : moi aussi ! Si ce soir nous n’étions pas parvenus à la décision que nous avons prise, les choses auraient été beaucoup plus difficiles. Mais il y a déjà, nous le savons tous, beaucoup de travail à faire, entre maintenant et le mois de décembre de l’année prochaine pour régler les questions qui sont encore en suspens.

Manuel Pulgar-Vidal nous a donné le chemin d’une bonne présidence, pour laquelle il faut de l’ambition, de l’écoute et l’esprit de compromis. Ce sont les trois mots d’ordre que suivra la France.

C’est une responsabilité et un honneur considérables d’accueillir une COP, surtout lorsque l’on répète que les décisions principales qui vont engager l’avenir devront être prises à Paris. Nous mesurons cette responsabilité et cet honneur et nous allons essayer d’en être dignes.

Je voudrais ajouter un point qui me frappe : quand on parle du travail que nous faisons ici, on entend des choses à l’extérieur qui sont parfois injustes, comme si nous multipliions avec plaisir des discussions compliquées qui s’éternisent. Mais, toutes celles et tous ceux qui sont là ont consacré une partie de leur vie et même toute leur vie à la question du climat pour faire en sorte que des millions de personnes à travers le monde puissent vivre mieux. Je pense que ce message, qui est le véritable sens du travail que nous faisons ici, doit passer à l’extérieur.

Un dernier mot. Nous avons tous à l’esprit ce qui s’était passé à Copenhague. Je pense que grâce au travail de vous tous et à la décision prise ce soir, le fantôme de Copenhague s’éloigne et l’espoir d’un succès à Paris se rapproche. Cela, nous le devons à vous tous et la France va faire le maximum pour vous accueillir comme il convient. Merci./.

Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et du ministre péruvien de l’environnement - Propos de M. Fabius

Lima, 13/12/2014

(En français et en anglais)

Je voudrais tout d’abord adresser mes remerciements à nos amis péruviens qui nous ont accueillis magnifiquement. Tout le monde a remarqué et apprécié cet accueil exceptionnel et je voudrais adresser mes félicitations particulières au président Manuel Pulgar-Vidal, et à Christiania Figueres à ses côtés, qui ont fait un excellent travail. Ensuite, je voudrais dire qu’en tant que futur président de la COP21 à Paris, c’est un grand soulagement parce que, si nous n’avions pas pu obtenir ici à Lima l’accord qui a été conclu, les choses auraient été encore plus difficiles.

Bien sûr, il reste encore du travail à faire, mais Lima fournit une bonne base de travail. Nous avons l’intention de mener ce travail ensemble, le Pérou, la France et tous les autres.

Enfin, je voudrais souligner ce qu’a noté Manuel, le « Lima Paris Action Agenda » qui a commencé ici et qui se poursuivra tout au long de l’année et à Paris. C’est l’idée que ce ne sont pas simplement les gouvernements qui agissent pour lutter contre le dérèglement climatique mais aussi les grandes communes, les régions et les entreprises, à travers des actions concrètes qui seront déclinées toute l’année et à Paris bien sûr l’an prochain où nous montrerons comment nous pouvons, très rapidement et concrètement, nous engager dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Q - Given it took until Sunday morning to conclude this Cop 20 how hard it’s going to be in Paris to get to an agreement amongst these countries with so many differences ?

R - Manuel will add his own comment, but I think the work which has been done here in Lima is already very positive. It is true that it is very technical, but trough technical points there’s a political will, and some compromises have been found. For instance on this very difficult question about Intended Nationally Determined Contributions (INDC), we have an agreement which enables us to go ahead, the different nations will have to give their commitments in order to examine them. Under this difficult question of differentiation, a formula is accepted and it’s pragmatic and very useful. It’s true that we have a lot of work to do and when I’m looking at my own schedule for next year, there are a lot of meetings, conferences ahead to Paris 2015.

Knowing perfectly the work to be done, here in Peru a very god job has been accomplished and what is very important is the spirit we felt in all the speeches delivered. People really want to have an agreement, ambitious and with concrete actions. Obviously we’re approaching technical fields but beyond them there are lives and deaths of millions of people, and all of us are aware of that. During many years we had the ghost of Copenhagen around us, but now the minds have changed and people really want to have a success. That’s a good base and M. Ban Ki-Moon often says that « there’s no plan B » and this is why we have to be successful.

Q - I wonder if before Paris we could expect any advance in how the countries will report their commitment ?

R - It’s a very important point and there’s an answer in the final text, in the point 16, which requests the publication of the INDC by the secretary of the COP and to prepare by the 1st of November a report about the aggregate effect about the INDC, and it’s a process which will be positive.

Q - About the novelty of the Lima text and what are the immediate priorities of COP 21 ?

R - The agenda must be very concrete and it means that we shall organize with the cities, the regions, the private companies and NGOs different sessions in order to push them to develop, explain and achieve concrete actions in the fight against climate change. There will be a series of conferences and, for instance, it’ll start in Davos in January where they gather a lot of CEO’s and ministers, and the companies will reveal their commitments. Also during the year, we’ll have different sessions in different countries and in Paris we’ll organize a special event dedicated to that matter. We’ve planned that inside the Village dedicated to the civil society it’ll be possible to have a space where the companies, cities and regions can show what they’re doing against climate change. It’ll also be a showcase for the technology. The question of finance and technology has been dealt with during that COP 20 and it is very important.

The idea is to be very concrete and it is the way to act efficiently during 2015 - 2020 years. These projects make it possible to be very efficient before the Paris agreement. We don’t want to waste time and through this Agenda we can go quickly in this period of time.

Q - Do you expect that the Paris’ agreement will put the world on the path towards this 2°C ?

R - The objective of 2°C has been set by everybody. It’s difficult, ambitious, but because it’s ambitious it must remain our objective. Even some countries are asking to reach the compromise of 1,5°C because with 2°C the consequences are big and, of course, less than if it was 3 or 4°C. This is the objective of the different parties and obviously when the INDC will be published and the Agenda for action developed, we shall be able to check exactly where we are./.

Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international

Lima, 10/12/2014

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes arrivés hier en fin d’après-midi. Nous sommes ici avec Ségolène Royal et Annick Girardin ; nous nous répartissons le travail. Je vais vous parler de ce que j’ai fait me concernant et sur la manière dont je sens les choses, puis je serai à votre disposition pour répondre à vos questions.

J’ai eu une rencontre avec le président de Bolivie, M. Morales, d’une part parce que les relations entre la Bolivie et la France sont très bonnes et, d’autre part, parce qu’il vient d’être réélu brillamment et qu’il joue d’ailleurs un rôle important dans cette partie du monde et, dans la COP, à l’intérieur du groupe des « 77 ». De plus, nous avions des choses à voir sur le plan bilatéral : il y a notamment de nombreux contrats et dispositions culturelles sur lesquels je devais faire le point. J’en ai profité pour l’inviter en France l’année prochaine, au nom du président de la République, et il va s’y rendre. Nous devons envoyer une délégation en Bolivie - ce que nous ferons au premier trimestre - pour un certain nombre d’affaires bilatérales.

Aujourd’hui, nous avons commencé la matinée en faisant le point avec Mme Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention cadre. L’objet de cette discussion était de voir comment nous allons travailler ensemble pour l’année qui vient, car il est très important que la nouvelle présidence soit bien en ligne avec le secrétariat exécutif qui produit des textes. À cette occasion, je lui ai dit que j’avais l’intention de travailler en binôme avec nos amis du Pérou.

Juridiquement, les choses sont un peu étranges : par exemple, notre ami péruvien est devenu président il y a huit jours ; cela n’a aucun sens car, en fait, le travail est fait bien avant.

C’est donc à l’issue de cette COP que la France, de fait, va prendre la « présidence montante », mais nous avons choisi de travailler ensemble. Le Pérou fait un très bon travail et je pense que c’est une bonne chose qu’il y ait à la fois un représentant de l’Europe et que la continuité se fasse avec nos amis de l’Amérique latine. J’ai donc vu avec Mme Figueres comment nous allions préparer les échéances de l’année prochaine. Je lui ai dit que j’avais réservé de nombreux moments pour faire toute une série de conférences, que ce soit en France ou à l’étranger. En effet, les sujets ne peuvent avancer que si on voit les gens et que si l’on discute avec tout le monde ; la présidence devant être à la fois une présidence facilitatrice et impartiale, encore faut-il voir les gens et les écouter.

Ensuite je suis allé à un événement organisé par Mary Robinson qui portait sur les droits de l’Homme et le climat. Mary Robinson est l’ancienne présidente de l’Irlande, Envoyée spéciale de M. Ban Ki-Moon pour les changements climatiques. Comme c’est aujourd’hui la journée internationale des droits de l’Homme, elle a voulu mettre l’accent sur les relations qui sont multiples entre les droits de l’Homme au sens large et le climat.

C’est une habitude qu’elle souhaitait voir reprise à chaque Conférence des parties. Je lui ai donc indiqué que l’an prochain nous renouvellerions cette expérience et qu’il y aurait un temps réservé aux relations entre les droits de l’Homme et le climat.

Ensuite, j’ai eu une discussion très intéressante avec le ministre de l’environnement de l’Inde. L’Inde est un partenaire tout à fait décisif, à la fois à cause de son ampleur et parce que c’est le quatrième émetteur de gaz à effet de serre dans le monde. Nous avons invité le Premier ministre Modi à venir en France l’année prochaine ; moi-même, je m’y rendrai vraisemblablement au premier trimestre. Le président Obama s’y rendra à la fin du mois de janvier, le secrétaire général Ban Ki-moon ira lui aussi. Il s’agissait de voir quelle contribution pourra apporter l’Inde : à quels moments ? Quels sont les problèmes ? Notre conversation a beaucoup tourné autour de la technologie, car pour l’Inde c’est un domaine tout à fait central et nous pensons que le Premier ministre Modi veut et peut prendre des initiatives dans ce domaine. Évidemment, l’Inde sera l’un des partenaires principaux.

Et puis nous avons eu un entretien avec Mme Bachelet, la nouvelle et ancienne présidente du Chili. C’est une femme extrêmement engagée autour du climat qui, comme vous l’avez peut-être vu, a co-signé, avec trois autres présidents, celui de Colombie, du Pérou et du Mexique, une déclaration particulière où ces pays, à travers leur président vont plus loin que ce que demande simplement la COP. Mme Bachelet a bien l’intention d’être à l’avant-garde de ce qui se fait en Amérique latine. Comme nous avons entre le Chili et la France d’excellentes relations, elle-même viendra en France au mois de juin, c’est une personne qui jouera un rôle important dans la préparation de la COP21.

Ensuite, j’ai rencontré le ministre du pétrole d’Arabie Saoudite, pour discuter de la façon dont il voyait les choses. Il a été extrêmement optimiste, j’espère qu’il a raison, disant que Lima serait un succès et que, compte tenu des relations excellentes qui existent entre l’Arabie Saoudite et la France, ce que je vous confirme, il était heureux de faire tout ce qui était nécessaire pour que le succès soit au rendez-vous. Ensuite, on entre dans des problèmes un peu plus détaillés : qu’advient-il, à terme, si les énergies fossiles ont de moins en moins de place ? La séquestration du Carbonne etc. Ce fut un entretien extrêmement optimiste et j’espère que ce sera traduit dans les faits.

Puis, nous sommes allés déjeuner chez le président du Pérou où il y avait toute une série d’invités, en particulier le secrétaire général des Nations unies qui a fait un discours très engagé ; c’est vraiment un sujet qui lui tient énormément à coeur. Je le reverrai demain mais ce fut une occasion pour tenter de regarder ce que nous pouvions faire, sachant qu’évidemment il a une influence considérable dans toute une série de domaines. Nous allons mener nos travaux ensemble pour que ce soit très bien coordonné.

Ensuite, il y avait la session ministérielle « ADP » (plateforme de Durban) et je suis donc intervenu sur les deux minutes qui sont accordées à chaque intervenant. J’ai mis l’accent sur deux thèmes :

Tout d’abord, l’urgence ; je pense qu’il faut que nous insistions, dans nos présentations, sur le caractère extrêmement actuel de tout cela. Je suis frappé de voir que dans la présentation qui est faite, très souvent, on dit que le dérèglement climatique est important mais que les conséquences ne se feront visibles que dans 50 ans, ce que je crois totalement faux.

J’ai également relevé un paradoxe qui consiste à dire qu’il y a quelques mois on nous expliquait que les conférences climatiques étaient toujours des échecs - cf. Copenhague - alors que maintenant on nous dit qu’à Paris, aucun problème, comme si c’était déjà fait.

On sait bien que c’est évidemment un peu plus compliqué que cela. J’ai donc dit que la meilleure façon d’obtenir un succès à Paris, c’est de commencer par un succès à Lima. Tout le travail qui aura été fait ici n’aura pas à être fait ensuite. J’insiste beaucoup pour que toute une série d’éléments sur la manière de réaliser les engagements nationaux, (quelle doit être la procédure, quelle est la place pour l’agenda des solutions, quel est la place du court terme et du long terme), on puisse avancer à partir d’un texte qui est en cours de mise au point et qui devrait être adopté à Lima.

J’ai ensuite eu un rendez-vous très intéressant avec quatre responsables, notamment Jeffrey Sachs que vous connaissez et Peter Baker qui est du WBCSD, l’organisme très sérieux des hommes d’affaires. Ces personnes souhaitent prendre une initiative sur les technologies de rupture, c’est extrêmement intéressant. Ils ont à la fois réunis l’envoyé des Nations unies, le représentant des milieux d’affaires, les représentants des milieux académiques pour voir si cette année et encore plus à l’occasion de Paris, il était possible ou non de définir quelques domaines technologiques où, sans naïveté, les pays et des grandes entreprises se mettaient ensemble avec des labos pour faire avancer la recherche. Je pense à la séquestration du carbone, ou à telle ou telle forme d’énergies renouvelables. Ces personnes, et Jeffrey Sachs est quelqu’un de très sérieux, veulent se mettre ensemble pour la première fois pour permettre de faire ce saut technologique indispensables dans quatre ou cinq domaines.

Ensuite, j’ai eu un entretien avec le directeur de l’Organisation mondiale météorologique où un gros travail est fait et qui recoupe vraiment les choses sur lesquelles nous souhaitons insister.

Concernant les AOSIS, c’est-à-dire les petites îles, l’une des demandes qui nous est faite et que j’aimerais que nous puissions satisfaire, c’est l’organisation d’un réseau d’alerte mondiale pour faire en sorte que dans ces petites îles notamment, les autorités et les citoyens puissent être prévenus lorsqu’il y a des cyclones, des tempêtes voire des grands événements naturels très dommageables.

De la même façon, l’OMM travaille sur les conséquences sur la gestion de l’eau et elle pense que ce serait une bonne chose de pouvoir, déjà l’an prochain, donner un certain nombre de facilités et faire un plan à long terme pour que ces territoires isolés puissent recevoir de l’information.

Nous avons également discuté, cela vous fera sourire mais c’est quelque chose de très important, de la façon dont les présentateurs météo pouvaient sensibiliser la population. Ce sont généralement des gens qui ont la conscience du public. Je sais bien que la climatologie et la météorologie, ce n’est pas la même chose mais en utilisant, sans que cela ait un caractère péjoratif, des présentateurs pour sensibiliser le public à ce qui se passe en terme de dérèglement climatique, on peut faire un très bon travail. Il y aura une réunion de ces présentateurs au mois de mars, il y a des choses à faire dans ce domaine.

Après cette conférence de presse, nous aurons une réunion de travail avec les représentants des ONG et nous verrons la délégation française.

Les rencontres que j’ai faites sont des rencontres de gens optimistes ; Lima et Paris seront de francs succès, disent-ils, mais il reste, comme on dit en bon Français, à « deliver ». Il y a de nombreux points qui sont en discussion. Les plus expérimentés disent que c’est toujours ainsi et que les choses seront mises au point. Je ne doute pas qu’il y aura des textes, simplement, ce que je souhaite, c’est que le maximum de questions possibles soient réglées parce que les questions résolues ici, nous n’aurons pas à les reprendre l’an prochain. Cela permettra évidemment de faire un meilleur travail.

Q - Parmi les questions qui sont à régler, pour vous, quelles sont celles qu’il faut absolument régler à Lima ?

R - Il faut que l’on soit au clair sur ce qu’on demande dans les contributions nationales (« INDC »). D’ailleurs, le recensement que j’ai fait faire par nos ambassades, pour savoir qui a l’intention de déposer sa contribution et quand, est assez positif. Évidemment, ce n’est pas un engagement ferme, mais en demandant à nos diplomates de se renseigner on arrive déjà à des chiffres considérables d’agrégation. Simplement, il faudrait, pour éviter un travail qui doit être fait après et qui rendra l’interprétation difficile, il faut que l’on soit à peu près au clair sur ce qu’il y a dans ces contributions. Il y a le fameux débat : est-ce que l’on met l’adaptation ou pas ? De fait ceux qui voudront la mettre le feront. J’attends que Lima puisse donner un certain nombre d’éléments assez clairs là-dessus. C’est un point.

Il y a un autre point : les deux co-présidents sont en train de préparer un texte et puis mon collègue Manuel, le président péruvien de la COP, va les aider. On aura donc certainement un pacte. Alors évidemment moins il y aura de parenthèses mieux ce sera. C’est un point important.

Après il y a toute une série d’éléments, notamment sur la différentiation, mais je pense qu’il faut à la fois avancer et ne pas mettre les uns et les autres dans des situations de blocage, parce que c’est cela que tous mes interlocuteurs m’ont dit : « vous verrez, il y a des choses qui ne peuvent pas être tranchées comme cela en terme principiel, dès maintenant, mais qui s’arrangeront avec le temps ».

Voilà, il y a ces éléments-là et il y a aussi ceux qui concernent ce que l’on va faire avant 2020, c’est un point important parce que l’on sera d’autant plus crédible aux yeux de pas mal de délégations que l’on n’attendra pas 2020 pour agir. Donc là il y a une discussion, je ne sais pas ce que cela va donner, sur ce que l’on peut faire rapidement mais, en tant que délégation française, je pense qu’il est souhaitable que l’on puisse mettre en oeuvre des choses avant 2020.

Voilà quelques points, il y en a d’autres mais j’espère que les participants avanceront le plus rapidement possible. Et puis nous prendrons la situation telle qu’on la laissera.

Il y a toute une série d’échéances : janvier, février, mars, trois réunions déjà prévues de la plateforme de Durban (ADP). Je réunirai moi-même les anciens négociateurs parce que je pense qu’il est très intéressant de voir comment ils ont négocié, quelles sont les leçons qu’ils tirent au cours des différentes conférences qui ont eu lieu. Il y a toute une série de rendez-vous en matière financière. Il y a la dimension politique, tout le monde le dit mais il faut que cela devienne plus politique - oui sans doute mais il faut éviter ce qui a été une erreur à Copenhague, c’est-à-dire qu’au dernier les chefs d’État arrivent et on croit qu’ils vont dans une nuit résoudre les problèmes qu’ils ne résolvent pas, donc il faut trouver un calendrier. On a le temps d’y réfléchir.

Et puis il faut avoir des contacts avec tous les pays, les continents, que ce soit ce continent-ci, que ce soit l’Afrique, que ce soit l’Asie. On a eu d’ailleurs de ce point de vue des bonnes surprises, je ne sais si vous avez entendu la déclaration de ma collègue australienne - ils ont donné je crois 200 millions, enfin pas beaucoup, moins que cela, mais enfin quand même on n’était pas sûr que ce serait le cas il y a quelques semaines. Il y a des évolutions qui se font qui devront se faire petit à petit. Il faut faire très attention, parce que la présidence doit rester vraiment impartiale, et essayer de faciliter les choses. Mme Ségolène Royal mène la délégation française et explique la position de la France au sein de l’Europe et moi j’ai un rôle différent.

Q - Il reste 3 jours à Lima, comment voyez-vous l’issue de ces 3 derniers jours, est-ce que la présidence péruvienne entend adopter des méthodes de travail particulières. Vous allez jouer un rôle ?

R - Moi non, je pense qu’il faut vraiment rester extrêmement discret. J’interviendrais à la fin de la conférence mais d’une manière amicale et chaleureuse car je ne suis pas en charge. Manuel Pulgar-Vidal, qui préside très bien, va regarder, avec les deux co-présidents, comment les discussions avancent et, comme il a du crédit, il peut l’utiliser à la fin si les choses n’ont pas avancé assez vite ou assez loin.

Je vais voir la ministre de Cuba, ensuite je co-présiderai avec Manuel Pulgar Vidal le « Lima Agenda for Action » qui traduit le fait qu’il n’y a pas que les actions gouvernementales mais aussi les actions non-gouvernementales qui sont importantes. À cette réunion seront aussi présents M. Ban Ki-moon, le président de la République du Pérou, le président du Giec et puis un certain nombre de porteurs d’initiatives dans le suivi de ce qu’on avait fait à New York.

Ensuite, nous aurons un déjeuner avec les ministres de l’environnement de l’Union européenne et il y aura un entretien avec le commissaire européen à l’action climatique et à l’énergie, M. Miguel Cañete. Je verrais mon collègue Kerry mais je pense qu’on ne parlera pas exclusivement du climat.

Puis, je verrai les représentants des pays dits AOSIS, le président de la République du Pérou, le secrétaire général des Nations unies et puis le vendredi - je ne sais pas si ce sera le dernier jour des négociations - le vice-ministre chinois et le ministre de l’environnement d’Indonésie.

Enfin, nous avons des cérémonies sur le lancement de la Cop 21 et je verrai les ministres de l’Afrique du Sud, de Nouvelle Zélande, et du Brésil. Normalement on a prévu de partir samedi soir.

Q - À propos de la différenciation qui est tout de même un sujet délicat. Je suppose que pour vous, plus on va loin dans la résolution ou en tout cas, le début de résolution de cette question, pour ne pas se lancer dans des débats interminables, qu’est-ce qui vous semble être le minimum sur ce point.

R - Je ne suis pas sûr que cette question soit résolue mais elle a été tout de même en partie abordée avec l’accord entre la Chine et les États-Unis. Quand vous regardez les engagements de l’un et de l’autre, ils sont très différenciés. Mais par rapport aux théories portées jusqu’ici notamment par les Américains, c’est quand même une grande évolution. Mais vous le savez, j’ai beaucoup moins d’expérience que d’autres, et je ne crois pas, après en avoir parlé avec de nombreux experts, qu’il va y avoir une décision qui va tomber comme cela en donnant raison aux uns et tort aux autres. Dans les faits, il y aura des différenciations.

Q - Est-ce que la baisse du prix du pétrole risque de ralentir les investissements dans les énergies renouvelables ?

R - Oui c’est un aspect très important à bien des égards. D’abord, il y a la remarque qui est contenue dans votre observation, à partir du moment où la baisse est sensible, et elle l’est, cela pose le problème des ressources alternatives en termes différents. Y compris d’ailleurs en ce qui concerne les Américains pour le gaz de schiste.

Cela peut ralentir, malheureusement, la volonté d’un certain nombre de pays d’aller vers des ressources alternatives puisque si le pétrole est très bon marché - c’est une première remarque qu’on peut faire mais ça dépend aussi de la durée du phénomène -, si c’est quelque chose qui dure quelques mois ou si c’est une tendance de long terme, c’est un premier niveau d’observation.

Un deuxième niveau d’observation, c’est que la baisse du prix du pétrole a des incidences sur les pays très producteurs. Et là il y a différentes catégories, des pays comme l’Arabie saoudite a des ressources très importantes avec des réserves financières. Pour d’autres pays c’est très délicat...

Prenez un pays comme le Venezuela, qui tire 95 % de ses ressources du pétrole, et qui lui-même aide un certain nombre de pays, comme Cuba et la zone caribéenne, cela change énormément de tableau. Pour un pays comme le Nigeria, c’est aussi important.

Après vous avez les pays dont on dit qu’ils sont bénéficiaires. On peut prendre la France ou d’autres pays par le double effet de la baisse de l’euro et de la baisse du pétrole. C’est vrai mécaniquement et c’est vrai aussi de quelques pays d’Afrique. Mais, si vous regardez les choses à moyen terme, la baisse du prix du pétrole peut avoir des conséquences récessives sur l’économie. Et du coup, les pays qui sont bénéficiaires en apparence peuvent devenir mis en cause parce que la croissance générale diminue. C’est le cas en Afrique vraisemblablement.

Les conséquences sont très diversifiées, très différentes selon que le phénomène est durable ou ne l’est pas, et cela ne peut pas faire l’objet d’une analyse simpliste. Mais l’élément principal est de savoir si c’est une tendance à long terme ou non. Après il y a des appréciations différentes, et je ne parle même pas des cas particuliers. Prenez un pays comme l’Iran, qui est déjà frappée par les sanctions, il continue à vendre du pétrole, mais si le pétrole baisse, à ce moment-là les ressources du pays seront fortement amputées.

Il y a des contributions nationales qui doivent être déposées au premier semestre de l’année prochaine, si possible avant le mois de mars. J’espère qu’une méthode sera définie pour que l’on puisse comparer ces contributions nationales, qu’elles soient transparentes et que cela permette ensuite à chaque pays de dire : « voilà, j’ai mon travail à faire et je vais pouvoir le faire sur telle ou telle base et le rendre au premier semestre ». Il y a beaucoup d’autres points, mais ces deux-là sont importants.

Q - Cela laissera peu de temps pour calculer si toutes ces contributions font bien le réchauffement climatique est limité à deux degrés...

R - Tout d’abord, les contributions sortiront au fur et à mesure. Ensuite, l’élément de transparence est très important et si on se met d’accord, comme cela est souhaitable, sur la méthodologie, cela permettra ensuite de vérifier ce qu’il en est et d’évaluer. À cet égard, il y a encore des discussions : quelle va être la méthode d’évaluation ? Il n’est pas question de créer une sorte de tribunal ce n’est pas du tout l’idée.

Q - Est-ce que cela veut dire que ces contributions serviront ensuite à une évaluation de la différenciation des pays ?

R - Oui, par définition, et comme les contributions vont être différentes et différenciées, ce sera par définition l’application d’un certain principe de différenciation. On ne va pas entrer dans la technique, nos auditeurs ne sont pas nécessairement des techniciens. Mais la question est de savoir si ce que l’on appelle les solutions d’adaptation - c’est-à-dire de réaction au dérèglement climatique - peuvent être incluses dans le calcul des contributions ; beaucoup de pays en développement le souhaitent. Il ne s’agit pas simplement d’atténuation mais aussi d’adaptation. Évidemment, vues de l’extérieur, ces discussions peuvent apparaître comme byzantines mais cela a une traduction très concrète sur l’effort pour lutter contre le dérèglement climatique, ce qui est essentiel.

Q - Cette négociation apparaît un peu trop « plan-plan » jusque-là : pas de blocage, effectivement...

R - L’atmosphère est bonne mais c’est lié à l’organisation par nos amis péruviens qui est excellente. Il n’est pas nécessaire, pour arriver à un accord, de se disputer. Les débats sont très ordonnés. À la fin, en général, il y a une certaine accélération, mais je trouve que les Péruviens font un bon travail et l’atmosphère est bonne.

Q - Plan-plan...

R - Vous savez, la perception des questions de dérèglement climatique a beaucoup changé. Il y a quelques années, le phénomène lui-même était remis en cause, on parlait d’un « climato-scepticisme » et puis les gens disaient « on a le temps ». Maintenant, tout le monde comprend qu’il y a un vrai et grave phénomène de dérèglement climatique. La discussion ne porte donc pas sur l’existence du phénomène, mais comment peut-on s’y prendre pour aller le plus vite possible compte tenu de la différence de situation des pays. Voilà, c’est ça l’objet de la discussion qui est sérieuse, serrée et civilisée.

Q - Est-ce que la présence de John Kerry est simplement symbolique ?

R - John Kerry est très engagé dans ce combat ; c’est un des grands combats de sa vie. Il n’est pas lui-même ministre de l’environnement - pas plus que moi d’ailleurs -, mais il est là pour montrer qu’il est très engagé - comme le président Obama d’ailleurs - et puis c’est une occasion de voir beaucoup de collègues et de parler aussi d’autres choses./.

Dernière modification : 17/12/2014

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