Journées du réseau / Table Ronde "Conférence Paris Climat 2015" - Intervention de clôture d’Annick Girardin Paris, le 16 juillet 2014

"Monsieur le Président Kufuor,

Madame l’Ambassadrice [Laurence Tubiana],

Chers Amis,

Monsieur le Président, c’est un plaisir pour moi que vous ayez accepté de participer à ces journées du réseau français. C’est un plaisir car je sais que vous être très pris en ce moment pour réussir le sommet du 23 septembre à New York au côté de Ban Ki-moon.

C’est aussi un plaisir parce que vous savez mieux que nous tous combien le défi climatique est important pour l’Afrique. Laissez-moi vous dire ici au nom de la France combien nous apprécions votre travail, pour que le 23 septembre soit un succès, mais aussi parce que nous comptons sur vous, après le sommet, pour poursuivre cette dynamique.

Vous le vivez maintenant depuis 2 ans, la lutte contre le dérèglement climatique est devenue une priorité de la diplomatie française. Nous avons l’immense responsabilité de préparer l’accueil de la COP21 en décembre 2015 à Paris, et de réussir là où les précédentes négociations ont échoué. Réussir, c’est trouver à Paris un accord juridique et universel sur le climat permettant à l’humanité de retrouver la voie d’une limitation du réchauffement en dessous de 2°C.

C’est un défi immense pour ce ministère et au-delà pour l’ensemble du gouvernement français. Ce défi, nous avons quelques atouts pour le relever.

Notre premier atout, c’est le temps, car il nous reste 18 mois de négociation avant Paris.

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Notre deuxième atout, c’est, sans mauvais jeux de mots, le climat qui règne en ce moment sur ce thème au niveau international. La lutte contre le dérèglement climatique est redevenue une priorité politique pour de nombreux partenaires. Le dérèglement climatique est redevenu une priorité parce qu’hélas, les nouvelles ne sont pas bonnes, sur le plan des émissions. C’est ce que nous disent les derniers rapports du GIEC. Les évènements climatiques extrêmes montrent à la fois la violence de ce qui nous attend si l’on ne réagit pas, mais aussi la vulnérabilité de nos sociétés, des plus riches, je veux parler des États-Unis, aux plus pauvres, notamment en Afrique, qui sont en première ligne.

Mais soyons clairs, ces évènements tragiques ont au moins le mérite de remettre ce thème à l’agenda des décideurs. Ainsi, aux États-Unis, le président Obama est pleinement engagé. La Chine travaille intensément, et nous l’a confirmé au MEF, sur sa vision de la civilisation écologique. L’Inde, longtemps muette sur ces questions, semble revenir dans le jeu.

Et vous savez, Monsieur le Président Kufuor, que pour de nombreux leaders africains, le changement climatique est omniprésent dans l’agenda du développement, ne serait-ce que parce qu’il est impératif d’anticiper les impacts des crises climatiques à venir.

Mais notre troisième atout, c’est vous, le réseau diplomatique français. Par votre présence, votre travail vous êtes au coeur du sujet. Qu’il s’agisse du monde du développement, que l’on ne peut penser sans prendre en compte les enjeux climatiques - c’est le défi de la construction de l’agenda post-2015 - ou encore de la diplomatie économique - car la France dispose de vrais champions de l’économie verte, par exemple dans le domaine de la ville durable - vous avez un rôle essentiel à jouer.

L’accord de Paris, c’est le propre d’une négociation onusienne, s’écrira à 196 pays. C’était d’ailleurs l’une des raisons de l’échec de Copenhague, où l’on a cru pouvoir écrire à quelques un l’avenir de l’humanité.

Si nous voulons - et je peux vous assurer de ma détermination, de celle de Laurent Fabius et de celle de Ségolène Royal - trouver à Paris, le premier accord juridique et universel sur le climat, engageant tous les pays sur la voie d’un développement sobre en carbone et résilient, nous devrons faire en sorte que chaque pays trouve son intérêt à signer.

Pour cela, la France a choisi de développer une stratégie offensive, collective et positive.

Offensive car il faut agir dès maintenant, face au chaos climatique. Collective car le climat, c’est l’affaire de tous, c’est-à-dire des pays, mais aussi des entreprises, des collectivités et des institutions internationales. Positive enfin, car la lutte contre le dérèglement climatique c’est une opportunité de trouver de nouveaux relais de croissance, dans les secteurs de l’économie verte.

Ces trois mots d’ordre, que je crois vous connaissez bien, car c’est devenue pour Laurent Fabius comme pour moi une obsession, c’est aussi trois mots d’ordre que le réseau peut s’appliquer. Au-delà du fond des négociations, que Laurence Tubiana et les intervenants détailleront, réussir Paris, c’est aussi une méthode de travail.

J’en profite, Chère Laurence, Cher Antoine [MAEDI], Cher Paul [MEDDE], Chère Marie-Hélène [ELYSEE] pour saluer l’équipe de France du climat, totalement interministérielle et qui fait un travail remarquable.

J’ai pu constater, lors du MEF comme lors de mes premiers déplacements, que le réseau est largement mobilisé sur ces sujets. Cette mobilisation il est nécessaire de la maintenir. Mais je vous demande aussi de l’amplifier. Réussir Paris, me le rappelait mon collègue mexicain, c’est rencontrer tout le monde, s’assurer que chacun trouve son compte dans les discussions. N’oublier personne, y compris les plus réticents.

Ce sont les joies du multilatéralisme, c’est un véritable défi. Mon collègue mexicain me rappelait qu’il avait passé plus de 200 jours à l’étranger pour la préparation de Cancun, en 2010. Cancun, dont l’objectif était de recréer la confiance après le désastre de Copenhague.

Je suis plus chanceuse que lui, car nous sommes 3 ministres pleinement investis et nous pourrons donc nous partager les 196 pays à visiter... Mais cela en dit long sur l’importance de votre travail.

Nous le redirons lors de la conférence des ambassadeurs, chaque ambassade, chaque service doit pouvoir intégrer la lutte contre le dérèglement climatique dans ses échanges. Ce n’est qu’avec ce rayonnement que nous réussirons.

Quel que soit votre pays de résidence, votre mission sera essentielle.

Dans les grands pays industrialisés, vous devrez nous décrypter les contraintes, les avancées, possibles.

Dans les émergents, vous devrez nous aider à comprendre comment ces pays tentent aujourd’hui de concilier développement économique, émergence d’une classe moyenne et préservation de la planète.

Dans les pays les plus pauvres, vous aurez pour mission d’accompagner les pays dans la voie d’une politique de lutte contre la pauvreté qui soit compatible avec ce grand défi qu’est la lutte contre le changement climatique. Cela signifie aussi les aider à porter une voix spécifique dans la négociation. Cela est d’autant plus vrai dans les pays francophones. Ils se sentent parfois mis à l’écart d’une négociation de temps à autres conduite exclusivement en anglais. Par ailleurs, la francophonie constitue une plateforme de discussion privilégiée sur ce thème, utilisons la pour partager les connaissances et les expériences !

Partout enfin, votre mission, si vous l’acceptez (je vous déconseille d’ailleurs de la refuser), ce sera aussi de faire remonter des solutions, des innovations, qu’elles viennent des États, des entreprises et des collectivités territoriales, et d’identifier les interlocuteurs clé et les messages les plus adaptés. Vous devez construire un réseau local sur cette thématique centrale pour la diplomatie française.

Ce sera aussi la mission de l’AFD que d’accompagner ces solutions, sur le terrain et je compte sur vous pour les associer aussi à vos réflexions locales. L’agence est en effet aujourd’hui pleinement impliquée : c’est un outil essentiel pour nos partenaires du Sud dans la lutte contre le changement climatique. C’est plus de 2 milliards par an de financements bilatéraux sur le climat, c’est un objectif de 50 % des projets à co-bénéfices climat. C’est aussi, comme l’a annoncé le président de la République, 1 milliard par an sur le climat en Afrique, et l’obligation d’intégrer la résilience dans les projets d’infrastructures. L’AFD, c’est aussi un lieu de réflexion et d’innovation au service du climat.

Car Paris doit être une conférence des solutions face à la crise climatique. Une conférence qui montre que le monde bouge. Nous avons un premier rendez-vous à New York en septembre à l’invitation du secrétaire général des Nations unies, nous poursuivrons notre effort à Lima en décembre pour la COP20, avant d’entrer dans la dernière ligne droite en 2015. Ces solutions, vous êtes les seuls à même de nous aider à les identifier, et permettre ainsi que Paris renforce ceux qui agissent.

Je ne peux rester parmi vous, je dois préparer justement un déplacement avec le président de la République en Afrique, nous partons dans quelques heures. Mais je vous laisse entre de bonnes mains.

Je vous remercie."

Intervention d’Annick Girardin du 16 juillet 2014

Dernière modification : 17/07/2014

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