Paris Climat 2015 - Visite de Laurent Fabius au Bourget (10 juin 2014)

Laurent Fabius a effectué mardi 10 juin une visite du site du Bourget qui accueillera fin 2015 la conférence internationale Paris Climat 2015, en présence de plusieurs membres du comité de pilotage.
Il a présidé une réunion de préparation de cette conférence avec des élus de la Seine Saint-Denis ainsi que des jeunes acteurs locaux impliqués dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

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Dérèglements climatiques - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Le Bourget, 10/06/2014)

La France va présider, au mois de décembre de l’année prochaine, ce que l’on appelle en termes techniques la COP 21 et que dans notre jargon nous appelons Paris Climat 2015. C’est la Conférence mondiale qui doit permettre, si elle est un succès, de prendre des décisions pour limiter le dérèglement climatique et l’augmentation des températures.
(...)
Cet évènement va regrouper près de 25.000 délégués et cela va durer une partie du mois de décembre. D’ici là il y a toute une série d’actions qu’il faut mener sur le plan mondial. Si on a demandé au Quai d’Orsay d’assumer la synthèse de toutes ces actions c’est parce que cela demande une action diplomatique très forte. Mais nous ne pourrons y arriver qu’en étant épaulés par d’autres ministères et de nombreux spécialistes.
Par ailleurs, il faut distinguer la France comme présidente de ce sommet et la France comme pays participant, ce n’est pas la même chose. Et j’ai demandé à Mme Laurence Tubiana, spécialiste des ces questions, d’être ma représentante spéciale à travers le monde pour préparer cette Conférence.

Q - La France a pris à bras le corps le cas spécifique du dérèglement du climat. À la lumière de ce que vous organisez, vous avez évoqué tout à l’heure les deux pays grands pollueurs, les États-Unis et la Chine.
Allez-vous négocier avec ces deux pays pour tenter de revoir leur façon de gérer cette pollution ? Ils envoient leur pollution même en Afrique dans les trois bassins. Comment ferez-vous pour protéger l’Amazonie, le bassin du Congo et l’Indonésie contre ces multinationales qui ravagent les forêts et provoquent le problème que nous avons aujourd’hui ?

R - La question que vous posez montre à tous ceux qui sont présents à quel point ces questions sont complexes.
Évidemment, ce n’est pas la France en tant que présidente de cette conférence qui pourra résoudre tous ces problèmes et cela ne peut se faire que par un accord international. Notre travail consiste à essayer de favoriser une négociation entre tous ces pays et chacun devra faire un pas en avant pour que l’on parvienne à un compromis qui aille dans le bon sens et qui permette justement d’aboutir à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation de plus de deux degrés de la température.
En ce qui concerne l’Afrique en particulier, il y a eu un sommet à l’Élysée au mois de décembre l’an dernier où nous avons parlé de plusieurs sujets et notamment du climat. Nous nous sommes mis d’accord avec nos amis africains pour essayer d’arriver avec des positions communes pour la conférence Paris Climat 2015. Nous pensons que si nous sommes déjà d’accord entre nous, l’Europe et l’Afrique, pour savoir ce vers quoi nous devons aller, cela aura un effet d’entraînement extrêmement fort, notamment vis-à-vis des États-Unis et de la Chine qui ne pourront pas dire que l’on néglige l’Afrique. En Afrique, il y a des pays qui sont particulièrement avancés dans ce domaine. L’Éthiopie fait des choses tout à fait remarquables ainsi que d’autres pays qui ont des moyens qui sont souvent très limités. Les Africains nous disent avec raison qu’ils ne sont que très peu pollueurs, c’est la raison pour laquelle ils ne veulent pas subir les dégâts des autres. Si vous nous demandez des efforts, alors apportez-nous des éléments de financement et des technologies. C’est en ce sens que nous travaillons.

Q - Que pensez-vous du rôle de la Chine dans la lutte contre le dérèglement climatique ? Quelles sont les attentes concrètes de la France vis-à-vis de la Chine ?
Et j’aurais une dernière question, comment voyez-vous la perspective de la coopération sino-française en cette matière ?

R - La Chine joue un rôle tout à fait décisif par rapport à ces phénomènes et elle jouera un rôle tout à fait décisif dans cette conférence de la fin 2015. La Chine, compte tenu de la masse de sa population et de son type de développement, est avec les États-Unis l’un des deux pays qui contribuent le plus à l’émission de gaz à effet de serre. Elle est consciente de cela.
J’ai eu personnellement l’occasion de m’en entretenir aussi bien avec le président Xi Jinping, avec le Premier ministre et avec le négociateur chinois dans ces conférences. D’une manière absolument évidente, la Chine est déterminée à agir. Pour la Chine, c’est un problème sanitaire de première grandeur car vous le savez, étant vous-même Chinois vous le savez mieux que nous, dans certaines régions de Chine comme à Pékin et dans d’autres villes encore, il y a une pollution considérable qui pose de vrais problèmes sanitaires.
C’est aussi un problème économique car évidemment, s’il y a des modifications à faire, la Chine étant le plus grand producteur et consommateur de charbon, cela demande des investissements énormes pour trouver des solutions alternatives.
C’est aussi un problème social parce qu’il y a dans certains endroits de Chine des populations qui n’acceptent pas ce qui se passe, que ce soit la pollution des rivières, le rejet des déchets sans considération ou encore la pollution de l’air. Il y a même ce que l’on pourrait appeler des émeutes sociales. C’est aussi un problème politique parce que le gouvernement a placé cet objectif d’une nouvelle croissance parmi ses priorités.
La Chine a commencé à agir mais elle sait qu’il faut agir encore davantage et je suis absolument convaincu que c’est la détermination des gouvernants chinois. Vous avez peut-être vu l’autre jour qu’il y a eu des échos selon lesquels la Chine envisageait, mais ce n’est pas encore officiel, de fixer un plafond à ses propres émissions de carbone. Lorsque le président Xi Jinping est venu en France lors de sa dernière visite, cela a été un des sujets que le président de la République a traité avec lui parce que nous avons beaucoup de travail à faire ensemble. Nous avons des technologies à partager. Nous nous sommes dit que nous allions préparer la conférence de 2015 ensemble, la Chine, la France et les États-Unis. À partir du moment où la Chine et les États-Unis, comme cela semble être le cas, ont vraiment décidé de s’investir cela explique l’optimisme de beaucoup de spécialistes malgré les difficultés.
Dans le passé, les États-Unis étaient très réticents et la Chine était moins consciente qu’aujourd’hui des problèmes posés. Si ces deux pays, comme nous le souhaitons, décident non seulement d’agir mais d’amplifier leur action, plus aucun pays ne pourra se dissimuler derrière l’inaction. Il est donc capital que la Chine s’engage concrètement comme j’en suis persuadé, ses dirigeants et sa population le souhaitent. J’ajoute qu’à la conférence de Varsovie (Cop19), tous les pays ont pris la résolution de fournir leurs engagements au plus tard au premier trimestre 2015, date à laquelle nous devrions avoir la liste des engagements des différents pays de façon que nous puissions engager tout cela et voir où on se trouve par rapport à l’objectif maximal de deux degrés.
J’ajoute enfin et c’est pour cela que nous nous y prenons très à l’avance, si les conférences précédentes n’ont pas eu les résultats escomptés, c’est à la fois parce qu’un certain nombre de pays y faisaient obstacle mais aussi parce que l’on s’y est pris très tardivement. Or, nous sommes persuadés que si on veut une négociation réussie, les choses sont tellement complexes qu’il faut s’y prendre très à l’avance. C’est pourquoi en ce qui nous concerne nous agissons de la sorte. Nous comptons beaucoup sur la Chine et sur la coopération franco-chinoise pour permettre la réussite de cette conférence. Les autorités chinoises nous ont assurées qu’elles aideraient à cette réussite.

Q - Dans le dernier rapport du GIEC, le résumé pour les décideurs et plus spécifiquement celui du groupe trois, est écrit que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qui sont sur la table pour la conférence de Paris 2015 conduiraient à une hausse des températures comprises entre + deux et + trois degrés, c’est-à-dire que ces objectifs qui ne sont même pas encore acceptés sont déjà extrêmement en dessous de ce qu’il faudrait faire pour éviter le dérèglement climatique et l’emballement de ce dérèglement.
Dans ces conditions, à quoi peut réellement servir la conférence de Paris ? En quoi est-ce que ce pourrait être un outil et un moment de décision vraiment efficace et pas purement du théâtre ?

R - Je ferais une remarque générale. Le risque principal évoqué dans le rapport du GIEC, c’est autour de quatre à cinq degrés et parfois même davantage. Donc, fixer comme objectif deux degrés, bien que certains puissent penser que c’est insuffisant, il me semble c’est très positif évidemment du point de vue de l’intérêt de la planète. On ne peut pas dire : comme c’est deux degrés cela ne vaut pas le coup de négocier et à l’arrivée, ce sera cinq degrés.
Sur l’aspect particulier du groupe trois, la conférence de Paris se situe avec des décisions qui doivent être prises rapidement mais avec un horizon qui est situé en général à 2030. Nous commençons à parler aussi de ce qu’il faudra faire à l’horizon 2050, en ayant à l’esprit qu’il ne faut pas seulement agir dans l’immédiat, pas seulement agir à l’horizon 2030, mais aussi pour un horizon plus lointain parce que certains objectifs qui, le cas échéant, ne pourraient pas être atteints en 2030 pourraient l’être en 2050.
Bref, il ne faut pas seulement se situer à moyen terme mais aussi à long terme. (...)./.

Dernière modification : 11/06/2014

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