Action humanitaire - Conférence nationale humanitaire

Madame la Secrétaire générale adjointe, Chère Valerie,

Madame la Commissaire, Chère Kristalina,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Élus,

Mesdames et Messieurs les Responsables d’ONG,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

C’est un honneur pour moi d’ouvrir ce matin avec vous cette deuxième édition de la conférence nationale humanitaire. Toute la journée, vous allez discuter et je ne pourrai malheureusement être des vôtres puisque je dois partir immédiatement après mon propos pour rencontrer le ministre Lavrov.

Avec Pascal Canfin, nous avons pensé qu’il était très important que, comme en 2011, à l’occasion de ce rendez-vous qui réunit l’ensemble des acteurs français de l’action humanitaire, nous puissions associer nos plus proches partenaires, c’est-à-dire les Nations unies représentées par Madame Valerie Amos, secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et coordinatrice des secours d’urgence, la commission européenne avec Mme Kristalina Georgieva, commissaire en charge de la coopération internationale de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises.

Je veux vous remercier Mesdames, Chères Amies, de votre présence qui est pour la France, un gage de confiance et le meilleur témoignage de la solidité et même de l’excellence des relations qui existent entre nos institutions.

Nous avons voulu mettre en lumière l’intérêt que portent les deux pôles majeurs de l’action humanitaire que vous représentez à l’action des opérateurs sur le terrain, je veux parler bien sûr des organisations non-gouvernementales. Puisque je cite les ONG, permettez-moi en votre présence, Mesdames, de leur rendre un hommage appuyé et mérité. Un hommage à leur engagement et à leur dévouement, un hommage au courage de leurs personnels qui agissent parfois malheureusement au prix de leur vie. Nous en avons été les témoins trop souvent au cours des derniers mois, que ce soit en Syrie, en Centrafrique, au Mali, en Afghanistan ou au Soudan du Sud.

Je veux rendre hommage également aux témoignages de solidarité que ces ONG portent partout où les populations civiles sont victimes des conflits et de la violence. C’est un retour extraordinairement injuste des choses puisque ces organisations et leurs représentants qui sont là pour sauver des vies sont aujourd’hui pris comme cible au mépris des principes du droit international humanitaire.

Mesdames et Messieurs, depuis la conférence précédente qui s’était tenue à la fin 2011, des foyers de crises se sont multipliés, d’autres ont malheureusement perduré et à chaque fois, ce sont de nouveaux défis pour la communauté humanitaire internationale.

(...)

Je sais que ces questions seront au coeur de vos réflexions toute cette journée. Les modalités d’intervention face aux crises dites complexes, particulièrement dans les pays fragiles, voire les pays faillis, les mécanismes visant à améliorer la coordination de l’aide internationale, la question de l’efficacité de l’aide humanitaire et de son adaptation permanente à des théâtres différents, celle de l’innovation et des mécanismes qui permettent d’associer les acteurs privés à l’action humanitaire, toutes ces questions, toutes ces problématiques demandent une réflexion d’ensemble entre tous les acteurs. Et nul endroit plus que celui-là n’était pertinent pour le faire.

Je me réjouis à cet égard que vous ayez aussi inclus dans vos discussions les retours d’expériences du théâtre malien.
Je crois qu’il y a là des enseignements très précieux à retirer pour l’avenir, tant dans la mobilisation des acteurs nationaux et internationaux que dans la logique de responsabilité qui a prévalu dès l’origine et qui a consisté à mettre au coeur de la reconstruction du pays, l’agenda politique, transférant très vite la responsabilité aux autorités nationales élues.

Outre les crises d’origine humaine, il vous reviendra également de faire un point sur les réponses aux catastrophes dites naturelles.

L’année 2013 a été marquée par de nouveaux épisodes d’une fréquence et d’une violence sans précédent. Je pense bien sûr au typhon Yolanda aux Philippines, le plus puissant jamais enregistré avec des milliers de victimes et qui a entraîné des destructions massives d’habitations et d’infrastructures. D’autres continents ont également été éprouvés : au Burundi avec de très fortes inondations, dans la Caraïbes, en Bolivie et plus près de nous, en février dernier en Slovénie. Je ne suis évidemment pas exhaustif.

Ces événements liés à ce que l’on appelle le réchauffement climatique, - terme que je n’aime pas parce qu’il banalise les choses, la réalité est qu’il s’agit d’un dérèglement climatique, voire d’un bouleversement climatique -, ces événements liés au climat n’épargnent absolument personne. La récente vague de sécheresse qui a sévi depuis plusieurs mois aux États-Unis met en péril des pans entiers de l’agriculture d’un pays pourtant très développé. Cette accumulation de catastrophes d’origine dites naturelles nous rappelle les enjeux des dérèglements climatiques liés au réchauffement de la planète. Elle nous met face à nos responsabilités comme le nouveau rapport du GIEC vient de l’établir, dans le choix de nos politiques énergétiques et de réduction des émissions de gaz. Ce sera tout l’enjeu de la prochaine conférence des parties dite COP21 qui se tiendra à Paris en 2015. Elle ne portera pas seulement sur la répartition des charges et des responsabilités entre pays industriels et pays émergents, ou sur le choix entre croissance économique et maîtrise du climat, Elle nous obligera également à penser le long terme et à intégrer de véritables choix de société.

C’est pourquoi j’appelle les ONG à se saisir massivement de ce thème qui finalement en entraîne beaucoup d’autres. D’ores et déjà donc, et je sais que ce sera également l’un des thèmes importants de votre débat, nous devons réfléchir collectivement à la meilleure façon d’aider les populations les plus vulnérables à affronter les conséquences de ces dérèglements climatiques en renforçant notamment la résilience. Pour y contribuer, j’ai demandé à mes services, en lien avec l’Agence française de développement, de me proposer une stratégie permettant de sanctuariser sur cinq ans la partie de notre aide au développement qui devra être consacrée à la prévention des catastrophes naturelles.

Avant de vous céder la parole pour le déroulement de cette conférence, je voudrais rappeler quatre grands principes qui guident l’action humanitaire de mon pays.

Le premier principe de notre action humanitaire, c’est tout simplement le respect du droit international humanitaire. Cette année, nous célébrons le 150e anniversaire de la première Convention de Genève de 1864 et de la naissance de la première société nationale en France. Les principes qui avaient été adoptés voilà plus d’un siècle et demi, sous l’impulsion d’Henri Dunant, restent inscrits dans les conventions qui régissent aujourd’hui le droit international humanitaire. C’est l’obligation de soigner les blessés sans distinction de nationalité, la neutralité et l’inviolabilité du personnel et des établissements sanitaires, enfin, le signe distinctif de la Croix-Rouge sur fond blanc. Je veux ici d’ailleurs rendre hommage au mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, au comité international de la Croix-Rouge dont le directeur général nous a fait l’honneur de sa présence et à la Croix-Rouge française qui fêtera ses 150 ans d’existence pour leur engagement et leur travail remarquable en faveur de toutes celles et de tous ceux qui en ont besoin dans le monde.

Ces principes de 1864 sont malheureusement toujours bafoués aujourd’hui sur de nombreux théâtres et nous devons faire le maximum pour qu’ils soient respectés. C’est le combat que tous ici nous menons et l’engagement que la France a pris dans toutes les enceintes, y compris au Conseil de sécurité des Nations unies ; ce sont ces principes qui finalement font la différence entre la vie et la mort.

Le deuxième principe, c’est le choix que nous avons fait d’unir nos forces entre Européens. Pas seulement pour être plus efficace, mais aussi par conviction parce que l’action humanitaire européenne à l’échelle du globe renvoie à une aspiration que nous croyons profonde de nos concitoyens, à une exigence de solidarité entre les peuples. L’Europe, vous le savez mais ce n’est pas suffisamment connu autour de nous, est le premier bailleur humanitaire mondial.

Forte de ces partenariats avec les ONG, la politique humanitaire de la commission constitue un élément tout à fait essentiel à notre idée de l’action extérieure de l’Union, dans le cadre du consensus européen sur l’aide humanitaire qui affirme les valeurs, les principes de bases et l’étendue politique de l’aide humanitaire européenne. La création prochaine du corps de volontaires européens d’aide humanitaire contribuera à mieux faire connaître notre action commune. Ce volontariat constitue aussi l’expression concrète de la notion de solidarité européenne à l’égard des populations dans le besoin dans l’ensemble du monde.

Je veux saisir l’occasion qui m’est donnée ici, devant les ONG françaises, pour vous confirmer que nous resterons extrêmement attentifs aux moyens alloués à la politique humanitaire européenne. Nous vous sommes, Chère Madame, reconnaissants de vos efforts, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Il est essentiel qu’ECHO voie ses moyens préservés et que les engagements pris soient respectés. Je pense qu’il en va de la crédibilité de l’Union européenne.

Pour sa part, la France continuera d’honorer ses engagements avec une contribution de 16,5 % au budget total de l’Union européenne. La part française d’ECHO représente en moyenne, selon les années, entre 170 et 200 millions d’euros, soit environ le double de ce que nous engageons à titre bilatéral. Nous serons fidèles à nos engagements.

Le troisième principe, que vous connaissez tous puisque vous en êtes directement les messagers, c’est l’obligation de porter assistance, là où les populations civiles et les victimes en ont besoin. L’accès aux victimes des catastrophes ou des conflits armés constitue l’essence même de l’action humanitaire. Les atteintes aux populations civiles sont multiples, les formes de violences qui caractérisent les conflits armés actuels ont pour conséquence d’augmenter encore le nombre des victimes civils. Plus de 45 millions de personnes dans le monde sont déracinées dont plus de 15 millions sont réfugiées.

Je veux saluer ici l’action tout à fait remarquable du HCR dont le représentant en France est là aujourd’hui. Les besoins humanitaires des populations civiles doivent avant tout guider notre action, c’est ce que nous nous sommes efforcés de faire depuis le début de la crise en Syrie, même si une partie de l’opinion publique, dit-on, nous l’a reproché, nous ne ferons jamais assez. À travers nos opérations d’assistance transfrontalières ou encore notre soutien direct aux conseils civils et institutions locales pour venir en aide aux populations qui ne bénéficiaient pas ou peu d’assistance humanitaire. C’est le choix que nous avons fait.

C’est aussi ce que nous faisons aujourd’hui en RCA, en multipliant les initiatives visant à accéder aux populations musulmanes.

Le quatrième grand principe, c’est l’adaptation permanente de nos outils. Au moment où les crises se pérennisent ou se multiplient, alors que nos États sont soumis à de fortes contraintes budgétaires, il est de notre responsabilité de chercher à améliorer nos outils et nos modes d’intervention. Cette réflexion sur l’adaptation des outils et sur l’efficacité de l’aide doit être conduite dans toutes les enceintes. À ce sujet, la France se félicite de l’organisation en 2016 du premier sommet humanitaire mondial dont nos amis turcs seront les hôtes. Il s’agit d’une opportunité unique pour toutes les parties prenantes de se réunir afin de rendre l’action humanitaire plus efficace, plus inclusive et globale, et donc plus moderne. Je veux souligner le rôle essentiel confié au bureau de coordination humanitaire des Nations unies dans l’organisation de ce sommet, dirigé par Valerie Amos dont je salue à nouveau l’engagement et le dévouement.

Plus généralement, le rôle des agences humanitaires des Nations unies, sous la coordination du BCH est essentiel et reconnu par tous les acteurs, pour veiller à la cohérence de l’action humanitaire et aussi pour plaider les causes humanitaires dans toutes les enceintes. Cette réflexion sur l’efficacité et la modernisation de l’action humanitaire et sur l’innovation, nous la conduisons également en France au sein de nos institutions.

Comme vous le savez, l’engagement a été pris de multiplier par deux la part de l’aide publique française au développement qui transite par les ONG. Je souhaite que cette mesure qui est très attendue et qui constitue un élément clef de notre partenariat puisse également bénéficier à l’action d’urgence. L’AFD, à notre demande y travaillera en liaison étroite avec le centre de crise.

Parallèlement, nous devons poursuivre nos efforts visant à améliorer si possible, en le simplifiant, notre dispositif car il est un peu complexe.

Il s’agit donc à la fois d’être plus efficace, mais aussi de tenir compte des réflexions en cours sur la cohérence entre action humanitaire et politique de développement dans une continuité qui couvre l’urgence, la stabilisation et la reconstruction. Je sais que vous allez aborder ce point au cours d’une de vos tables rondes.

Un premier pas a été franchi, en ce qui nous concerne, en début d’année avec l’intégration au sein du centre de crise de la mission interministérielle de gestion des crises extérieures. Son mandat a été redéfini et il portera désormais plus spécifiquement sur les instruments qui peuvent conduire à la stabilisation des États en sortie de crise.

Mais je souhaite aller plus loin en engageant une réflexion sur l’organisation de notre réponse aux crises humanitaires. Ce travail va s’effectuer au travers d’une concertation large de l’ensemble des acteurs publics et de nos partenaires humanitaires. Et je souhaite que nous aboutissions à la consolidation d’une architecture plus cohérente de notre dispositif de réponse aux crises.

Enfin, je veux également tenir compte des évolutions en cours du paysage humanitaire en faisant une place plus large au partenariat, que ce soit avec les entreprises, le plus souvent via leur fondation, ou avec les collectivités territoriales.

Le partenariat avec les entreprises, je crois qu’il est en marche. Le protocole d’accord que j’ai signé en février dernier avec la fondation Airbus Helicopters en est une illustration. Son premier point d’application très concret a permis aux Philippines d’aider les autorités nationales à mieux évaluer l’étendue des dommages. Ce mécanisme a également été activé lors des inondations récentes en Bolivie.

Avec les collectivités locales françaises, le partenariat est ancien comme le sont, dans de nombreux pays, les liens de simple jumelage ou de coopération entre les mairies, les conseils généraux ou les conseils régionaux.

Pour être plus efficace, plus à l’écoute également des besoins tels qu’ils sont exprimés par les autorités des pays victimes de crises ou de catastrophes, nous avons créé il y a moins d’un an, mais c’est passé trop inaperçu, le Fonds d’action extérieur des collectivités territoriales (FACECO). L’objectif que nous lui assignons c’est de mutualiser les moyens des collectivités locales en faveur de l’aide humanitaire, en s’appuyant sur l’expertise de nos acteurs humanitaires et de nos équipes du centre de crise, et de rendre plus visibles les contributions de ces autres acteurs de l’action humanitaire que sont les collectivités.

Au bénéfice des populations des Philippines, une vingtaine de mairies et de conseils régionaux ont bien voulu mobiliser ainsi plus de 320 000 euros consacrés au financement de deux projets de reconstruction et d’aide à la reprise des activités économiques sur les îles de Laité et de Samar aux Philippines.

Cette approche que je veux développer à travers le FACECO permet de s’inscrire dans une politique globale qui anticipe les différentes phases de reconstruction. Elle correspond davantage à une logique de la demande et doit permettre de mutualiser nos moyens autour de projets significatifs. Et, puisque les conseils municipaux viennent d’être renouvelés, je vais sans attendre solliciter les nouvelles équipes pour essayer de nous aider en ce sens.

(...)

Mesdames et Messieurs, j’aurai terminé lorsque j’aurai dit ceci : j’ai essayé en quelques minutes de résumer certains des points que je voulais partager avec vous en ouverture de cette conférence à laquelle je vous remercie chaleureusement d’avoir bien voulu consacrer ce lundi. Je voudrais, pour terminer, remercier encore une fois Mmes Amos et Giorgeva d’être parmi nous ce matin - je sais que cela n’était pas très commode pour elles -, et vous remercier toutes et tous d’avoir répondu très largement à cette invitation.

Pascal Canfin, qui est le ministre délégué chargé du développement, conclura vos travaux et il me fera part de vos recommandations pour nourrir, continuer de mettre en oeuvre, faire évoluer si nécessaire notre stratégie humanitaire à laquelle vous contribuez très largement, et pour renforcer ainsi ce que, vous comme nous, souhaitons être un partenariat global.

Mesdames et Messieurs, en terminant et en vous souhaitant une excellente journée de travail, je veux surtout vous dire du fond du coeur mes chaleureux remerciements pour ce que vous êtes et ce que vous faites. Vous ne demandez pas de publicité sur vos actions, vous n’êtes pas des femmes et des hommes qui recherchez la lumière des projecteurs, mais dans cette salle à moitié éclairée je veux vous dire que ce que vous faites est une action magnifique. Merci./.

Dernière modification : 03/04/2014

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